Géographes de Bretagne
Douaronourien e Breizh - Jeyografes de Bertaeyn

Notre Dame Des Landes : l’urgence d’attendre…

Interpellée à de nombreuses reprises au cours de l’année pour définir ses positions face au projet de l’aéroport de Notre Dame Des Landes, l’association « Géographes de Bretagne » souhaite exprimer ici son avis.

Ce projet d’équipement, conçu il y a 40 ans, mettant en jeu des intérêts économiques énormes et des engagements politiques sous-jacents, ne doit-il être désormais analysé sous des regards plus objectifs prenant en compte des éléments nouveaux définis par un contexte de société en pleine mutation ? Car il est indéniable que cette question, au cœur de l’aménagement de la Bretagne toute entière, constitue un objet de débats comme ont pu l’être dans le passé ceux des projets de centrales nucléaires (années 70-80), du port en eaux profondes de Brest ou des voies rapides (années 60).

Ce dossier suscite aujourd’hui bien des passions et aiguise bien des intérêts. Pour nous, « Géographes de Bretagne », il n’y a de sagesse que lorsqu’on travaille sereinement, loin de tels comportements sauf celui d’un incontestable intérêt public, répondant au projet qu’une société s’est fixé. Or de ce dernier nous ne parlons pas. C’est pourtant lui qui doit guider ou non l’opportunité d’un tel équipement. Les mutations que notre société doit préparer, ne peuvent s’élaborer simplement en avançant les réalisations au coup par coup sans une réflexion complexe de leur insertion dans une vision cohérente et globale de l’avenir.

Ce dossier dont l’impact sur le territoire breton serait considérable, doit donc être remis à plat. Pour le moment le débat s’est essentiellement focalisé sur des aspects économiques et des questions techniques liés à l’évolution du transport aérien, mais aussi sur des approches à fortes sensibilités écologiques posant la question de la pertinence d’un tel mode de transport en matière environnementale, sociale et économique. Pour le moment deux modèles de lecture s’affrontent. Les membres de « Géographes de Bretagne » n’y sont pas insensibles.

Toutefois, il apparaît aujourd’hui nécessaire de reprendre l’ensemble des arguments des uns et des autres sous un angle plus large et plus prospectif, prenant en compte les mutations récentes vécues par notre société :

  • le pari de ramener vers l’ouest du territoire national un équipement structurant répondant à l’accroissement très rapide d’une population plus âgée certes mais aussi plus aisée (+1,130 million d’habitants supplémentaires prévu sur la Bretagne d’ici 2040);
  • les besoins d’emplois pour les plus jeunes  que cet aéroport peut générer directement et indirectement;
  • les avantages d’un aéroport international dans un nouveau contexte éventuel de décentralisation et d’affirmation de la région à l’échelle européenne;

mais aussi, à l’inverse :

  • l’impact d’un tel équipement dans un contexte d’artificialisation effrénée du territoire breton (un des plus forts rythmes enregistrés en France et en Europe) qu’il est impérieux de stopper;
  • la consommation d’espaces agricoles fondamentaux à la survie économique de nos sociétés et la régulation paysagère de nos rapports ville/campagnes ;
  • en raison de cet équipement, l’accélération du processus de coalescence des agglomérations de Rennes et Nantes, pouvant paraître contraire aux logiques polycentriques qui constituent l’originalité patrimoniale de la région et offrent l’opportunité d’habiter un territoire de manière plus soutenable ;
  • la pertinence en matière d’investissements de ce choix réservé à l’option aérienne, dans un contexte de développement durable, par rapport à d’autres modes de transport, cela dans un territoire marqué par sa maritimité ;
  • l’impact de cet équipement sur la survie des autres aéroports bretons.

Au-delà des passions et des intérêts, dans un contexte géographique qui ne peut se réduire au seul territoire de la Loire atlantique mais qui doit nécessairement être élargi à celui de la Bretagne toute entière, voire d’un grand Ouest, notre point de vue est qu’il est encore temps de remettre à plat ce dossier à l’impact considérable. Il nous faut avant tout définir, avec le plus d’objectivité et de sérénité, le meilleur aménagement possible du territoire de la région. Notre Dame Des Landes mérite ce recul et cet éclairage complémentaire.

Quarante ans après l’émergence de ce projet, il en est encore temps. Car le temps n’est plus celui où les décisions d’une minorité d’intérêts, même représentative, doivent s’imposer à la société toute entière, sous peine de conflit. Il faut sur ce genre d’affaire générer les conditions d’un réel débat, surtout à un moment où les choix de société deviennent si cruciaux. Le temps ne doit pas, non plus, être celui où les intérêts, même légitimes, d’une seule métropole s’imposeraient à un territoire tout entier.

Association « Géographes de Bretagne », le 30 septembre 2011

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