Géographes de Bretagne
Douaronourien e Breizh - Jeyografes de Bertaeyn

La Bretagne et la Mer

Tout au long de ses 2700 km de côtes la mer tisse en Bretagne un lien permanent avec les sociétés qui ont construit son histoire et défini son organisation territoriale. Mais plus que jamais la présence de cette mer atlantique est essentielle dans son environnement et son développement. Attirant les populations, concentrant les activités, ouvrant la région à l’économie monde, elle suscite bien des convoitises, bien des enjeux, bien des problèmes d’aménagement, auxquels nulle part de son territoire aujourd’hui n’échappe.

Le but de cette journée est de faire un état des lieux, d’explorer ces enjeux, les problèmes qu’ils posent à notre société, d’ouvrir des perspectives destinées à guider la définition d’un projet de territoire original et prospectif. Tous les sujets ne pourront être abordés, mais ceux retenus offrent déjà un aspect un large spectre de réflexion qui, nous l’espérons, vous intéressera.

Programme :

9h 15 Accueil des participants

9h 30 Ouverture par Norbert METAIRIE, Géographe, Maire de Lorient et Président de la Communauté d’Agglomération de Cap L’Orient.

9h 45 Introduction de Jacques LESCOAT, Président des Géographes de Bretagne et intervention sur le thème :

« Pour une protection offensive du littoral »

10h suite des interventions :

  • Yves LEBAHY : « La mer et le littoral, enjeux majeurs de l’aménagement en Bretagne et affirmation d’une identité».
  • Pierre Yves LE RHUN : « Un privilège des régions maritimes : la dilatation du territoire  – le cas de la Bretagne ».
  • Françoise PERON et Guillaume MARIE : « Le patrimoine maritime et culturel comme élément indispensable à la valorisation des territoires côtiers ».
  • Annick CLEAC’H : La dimension maritime du SCOT du Pays de Brest ».

11h 15 Débat avec la salle

12h 15 Déjeuner

14h 15 Reprise des activités avec les interventions de :

  • Jean OLLIVRO :
  • Alain LE SANN : « Pêche et territoire : une nécessaire intégration ».
  • Pascal TOCQUER : L’agriculture littorale : un enjeu d’aménagement essentiel ».
  • Yves LEBAHY : « La nécessaire implication de la Région dans le transport maritime ».

15h 45 Débat avec la salle.

16h 30 Remise du prix Orange par Jacques LESCOAT, Président,

à une opération remarquable d’aménagement en zone littorale.

17h Conclusion de la journée

Conférence sur la Bretagne et la mer à Lorient.

Premières rencontres géographiques de Bretagne : Mot d’introduction du Président

« Je ressens à Lorient, je ne sais quelle ivresse maritime »


C’est Bernardin de Saint Pierre, l’auteur du roman « Paul et Virginie » qui, quittant la rade de Lorient en partance pour l’île Bourbon voilà près de trois siècles, tenait de tels propos dans la ville où venait de naitre la compagnie des Indes Orientales.

Il révélait déjà, à sa façon, la magie de cette science extraordinaire qu’est la Géographie.
 

Car la Géographie – bien au-delà des pensums obligés liés aux chiffres, superficies, montants de productions… auxquels sont soumis les élèves – est la plus belle des sciences, la science même de la Terre, « Géo », révélée par la description et l’écriture, « graphie »…

Il convient de reconnaitre que l’héritage naturel de la Terre, dans son infinie diversité, est merveille. Merveille de cette planète d’un bleu incomparable perçue de l’espace mais beauté encore bien plus intense depuis cette terre elle-même pour ceux qui découvrent les lacs, les mers, les océans, les plaines, les plateaux, les montagnes, les fleuves, les rivières, les rades, les rias, les îles et tout ce qui compose, sous des climats, des couleurs et des végétations qui se déclinent en gammes infinies, notre unique planète bleue.

La Géographie, c’est d’abord la révélation de cette terre que nous avons – intense de beauté, de mystère mais aussi de fragilité – reçue en héritage.

La Géographie, c’est, dans sa deuxième composante, la révélation de ce que l’Homme a fait de la planète : nous abordons là le thème de la géographie humaine qui se décline en démographie, en villages , villes, métropoles, ports, zones d’activités, espaces agricoles…bref, la liste est bien longue…La Géographie est donc aussi la compréhension, la description, ‘explication de ce que l’homme a fait de la Terre et que nous appelons, nous Géographes, « aménagement ».

Action humaine pour le meilleur :

– respect et transmission de l’héritage naturel

– urbanisation équilibrée et réussie en lien avec la préservation et la valorisation des espaces naturels : un mariage heureux, réussi, durable, aménagement harmonieux avec le souci constant de la meilleure place de l’Homme dasn l’environnement que nous transformons.

Action humaine parfois pour le pire :

  • mégalopoles au développement insensé,
  • irrespect de l’homme et de l’environnement…

L’objet n’est pas, dans cette introduction, de détailler ces données mais de souligner que , nous-mêmes, Géographes, sommes particulièrement sensibles à ces deux données parfois très opposées de l’aménagement.

Nous avons, à cet égard, attribué récemment le « Prix Citron » (Priz Divalo) à un aménagement insensé et, à l’inverse, aujourd’hui même, nous attribuons le « Prix Orange » (Priz Kaer) à une action qui respecte l’environnement et propose un aménagement de qualité. Bref, à une action locale qui « aime forcément la Géographie….

C’est pourquoi aussi, de formation universitaire et maintenant en tant qu’enseignants, chercheurs, auteurs, aménageurs ou administrateurs…nos avons créé voilà pue, avec bien peu de moyens mais beaucoup de conviction et finalement d’ambition, l’association « Géographes de Bretagne ».

Cette association, encore naissante, a pris notamment comme initiative d’organiser ces premières Rencontres géographiques de Bretagne.

Je laisserai, en tant que Président, le soin ) notre ami géographes (bien sûr) et journaliste, Jean HUCHET, de présenter le programme de cette journée que nous avons voulu consacrer à la Bretagne et à la mer, journée potentiellement très riche et de remercier intervenants et participants.

Quoi de plus naturel, en tout cas, d’avoir retenu ce thème pour une région intensément et plus que tout autre, marquée par la mer. Et quoi de plus naturel que d’avoir choisi Lorient pour y partager déjà un peu de cette ivresse maritime qui est aussi ; au-delà de sa magnifique rade, celle de cette péninsule verte et bleue de cette terre fière et étonnante : la Bretagne.

Quoi de plus agréable pour moi que de remercier le Conseil Régional qui nous a apporté son soutien, de remercier l’AUDELOR, Cap L’Orient et plus particulièrement la Ville de Lorient elle-même qui a immédiatement accepté de mettre à notre disposition ce Palais des Congrès : merci Monsieur le Maire, Merci Norbert METAIRIE dont nous connaissons l’attachement personnel qui est le sien pour la Géographie.

Je crois que ces premières rencontres qui donneront naissance à bien d’autres, seront porteuses d’avenir.

Jacques LESCOAT

Président de Géographes de Bretagne

La mer et le littoral,Enjeux majeurs de l’aménagement en Bretagne et éléments d’affirmation d’une identité bien particulière.

Yves Lebahy. Ce thème de la Bretagne et de la mer peut paraître avoir été maintes fois ressassé. Il est même devenu incantatoire tant il est l’objet de conférences, de publications. Mais la plupart du temps, ce sujet n’est abordé que dans une stricte dimension patrimoniale, le plus souvent mythifiée et nostalgique car il se réfère principalement à l’âge d’or de la région, celui des XVIème et XVIIème siècles, période où le commerce maritime florissant lui a donné richesse et prestige en l’intégrant aux dynamiques de la seconde mondialisation, celle de l’Atlantique et de l’ouverture au monde.

Par contre, l’approche de cette relation ne s’avère guère prospective. Seul le CELIB et ses animateurs ont tenté de renouer dans les années 60 et 70 ce fil d’Ariane dans sa stricte dimension maritime1. A la même époque le SALBI, Schéma d’aménagement du littoral breton et des îles2, posait les bases d’un aménagement courageux et novateur des côtes bretonnes pour réduire les effets naissants d’une économie touristique ; mais il restait malheureusement sans suite. Les résultats de ces réflexions demeurent matériellement modestes, même si les intentions étaient pourtant très innovantes voire anticipatrices des enjeux actuels.

Or faute d’avoir opéré à temps les mutations nécessaires, nous consommons aujourd’hui ce capital physique, environnemental, paysager, social et culturel si particulier de la région, remettant en cause tous ses équilibres. Il y a donc urgence à agir, à définir un projet volontaire de vie et un « nouveau contrat social »3, si on ne souhaite pas que la Bretagne se banalise, se résume à un espace dont la seule fonction serait cette activité uniformisante et socialement destructrice de la villégiature, ce vers quoi malheureusement elle évolue à l’heure actuelle. C’est donc bien dans cette dimension prospective, sûrement incomplète, que s’orientent les propos des différents articles suivants.

Pourquoi cette inquiétude, cette nécessité de réagir ?

L’actuel constat :

Le constat de cette tendance observée est général et désormais admis par une grande part de la population, même si tous les acteurs n’ont pas conscience de l’ampleur des mutations engagées, de leur rapidité, de leur intensité. La Bretagne vit à l’heure actuelle un grand chambardement. Il touche le littoral, mais ne se limite pas à ce seul milieu. C’est la Bretagne toute entière qui se trouve « dérangée » par des comportements issus de populations essentiellement extérieures4.

Une pression démographique croissante :

Comme presque tous les littoraux de la planète, les rivages de la Bretagne sont l’objet d’une pression démographique croissante qui la place dans ce qu’on nomme communément « l’œil du cyclone ». Ce phénomène très intense se surajoute à un peuplement littoral traditionnellement dense : la densité moyenne y est de 247 h/km2 quand la moyenne française est de 108 h/km2. Ainsi elle regroupe plus des 2/3 de sa population sur une bande littorale de 20 kilomètres de profondeur correspondant à la plaine côtière.

A ces densités traditionnellement fortes se superposent donc actuellement des mouvements migratoires intenses orientés vers le littoral, pour moitié issus de l’extérieur de la région. Et en ce domaine, les prévisions établies il y a quelques années se trouvent bousculées : elles n’avaient pas anticipé à sa juste valeur cette attraction. En 2000, l’arrivée d’ici 2020 de 300 000 habitants supplémentaires, la moitié devant se diriger vers le seul département du Morbihan était pronostiquée. Ces données exploratoires revues en 2002 faisaient passer ces prévisions à 450 000 nouveaux arrivants pour 2030. Les toutes dernières prévisions de l’INSEE donnent aujourd’hui pour cet horizon, en conservant les tendances actuelles, un apport de 600 000 personnes supplémentaires s’orientant pour la majeure partie vers le littoral au rythme de 25 à 30 000 nouveaux habitants chaque année5.

De ces faits, on peut noter que le littoral de la Bretagne historique concentre à lui seul plus du tiers des surfaces construites réalisées sur le littoral national, c’est-à-dire plus que la côte d’Azur, et que celui du Morbihan supporte à lui seul 10% du total bâti, un record ! Ces chiffres traduisent l’engouement de ces nouveaux résidents pour la région et surtout pour son littoral. Rien d’étonnant donc qu’on y enregistre depuis 1999 des records en matière d’élévation du coût du foncier et de l’immobilier : la Bretagne est devenue en 2007 la portion du littoral de l’Union européenne (63 000 km de côtes) où la croissance des coûts immobiliers est aujourd’hui la plus forte enregistrée. Les sites de Carnac et de la Trinité s’affichent dans le palmarès des 20 premières stations les plus prisées au monde6.

En soi, cette arrivée de populations nouvelles pourrait paraître une bonne nouvelle pour la Bretagne. Ces courants renforcent l’inversion du solde migratoire apparu entre 1975 et 1982, redonne du dynamisme à un seuil démographique stagnant. Ces forces nouvelles peuvent vivifier la région. Toutefois, il faut rester prudent face à un tel mouvement car cette manne d’arrivants qui traduit l’attractivité de notre région et offre l’occasion d’un renouvellement social et culturel de la société, tout intéressant soit-il par son ampleur, pose parallèlement les questions de sa nature, des motivations de ses nouvelles implantations et de leurs effets sur le littoral de la région. Car c’est avant tout pour jouir de la mer ou de sa proximité, et uniquement cela, que nombre d’entre eux s’installent ici en Bretagne, vouant un culte quasi irrationnel à ce milieu qui les attire.

Le littoral : un espace de villégiature pour « vieux riches », en voie de ghettoïsation ?

Tout semble en effet le démontrer. Car si déjà la Bretagne affichait un fort taux de résidences secondaires (14% de l’habitat en Région Bretagne), ces nouveaux arrivants amplifient largement le phénomène. Ce parc de plus de 200 000 logements qui s’était accru de 20% entre 1990 et 1999, a augmenté de 47% entre 1990 et 2003. Et il ne s’agit plus d’une simple résidentialisation estivale mais plutôt d’un glissement de cette pratique vers la vogue de la double résidence préparant la résidence de retraite, qui traduit avant tout une répartition fonctionnelle, mais en même temps sélective et discriminante, des territoires pris à l’échelle nationale et européenne. Ainsi le rôle dévolu à la Bretagne dans un tel jeu semble se réduire à l’offre d’un site calme de villégiature et de retraite destiné aux populations des grands centres urbains européens où se concentre l’activité économique.

Les données récentes relatives à ces nouveaux arrivants sont là pour le prouver7. Sur la totalité des logements actuellement construits dans la région (68 000 entre 2005 et 2006, 42 000 en 2007), 35% sont des résidences secondaires. Sur les 14 329 logements que ce taux représente en 2007, 86% se sont implantés sur le littoral, 47% sur le seul littoral morbihannais. Mais le phénomène décrit en 2006, s’est largement répandu depuis sur la côte cornouaillaise, le Pays Bigouden, la région des Abers, le Trégor, le Penthièvre et le Clos Poulet malouin. La fonction de villégiature s’amplifie donc sur le littoral ; certains responsables économiques et politiques aspirent même au développement de cette tendance, en attendant la manne financière probable.

Et c’est là l’autre caractéristique de cette densification littorale : elle est le fait de personnes âgées à fort revenus. En 2006, ces résidences secondaires ou de villégiature ont constitué 34% des transactions immobilières de la région. Pire, sur le littoral de la Loire Atlantique leur part était de 61%, de 43% sur le secteur du Golfe du Morbihan-Quiberon, de 38% dans le pays malouin8. Or cette étude récente révèle que 56% de ces transactions concernent des acheteurs de plus de 60 ans, venus pour une bonne part de l’extérieur de la région. Contrairement à ce qu’affirment certains analystes9, ces afflux de populations âgées sur le littoral en modifient la structure démographique, ce que révélait notre étude de 200610 et que confirme la récente étude de la Direction régionale de l’Equipement, laquelle souligne que « cette forte attractivité modifie peu à peu la typologie sociale du territoire  avec le risque de voir se dessiner à terme un territoire de double voire de triple exclusion (des jeunes, des populations les plus défavorisées et des populations autochtones) »11 . Là, ouvriers, employés et chômeurs y sont marginalisés : entre 1990 et 1999, ils ne représentaient plus que 21,9% des résidents actifs des communes du secteur littoral contre 30,7% au niveau régional. La situation s’est fort probablement dégradée depuis puisque l’on constate un rejet des constructions réalisées grâce aux prêts à taux zéro, lesquelles concernent les jeunes ménages des catégories moyennes, vers le Centre Bretagne. A l’inverse, les revenus imposables atteignant la barre des 30 000 euros s’y concentrent dans des proportions surprenantes : ils peuvent concerner plus de 31% des foyers fiscaux de ces communes littorales.

C’est donc bien à un immense « dérangement » des populations littorales que nous assistons, avec toutes les conséquences qui s’en suivent pour l’environnement et l’équilibre des sociétés littorales de la région. Effectivement, la côte devient une sorte de ghetto réservé à des populations très souvent aisées, de plus en plus vieilles et éventuellement sans racine locale, venues là jouir de la mer d’une manière hédoniste, déconnectée des réalités bretonnes. En certains lieux elles sont devenues majoritaires comme le révèlent les toutes dernières élections municipales. L’objectif de ces néo-résidents consiste alors à défendre à tout prix cet environnement préservé, acquis au prix fort.

Un littoral perturbé dans ses équilibres :

Cette arrivée de populations nouvelles, leurs attentes en terme d’usages du milieu bousculent les activités traditionnelles et leurs acteurs, ignorant au passage les contingences naturelles d’un littoral.

Pendant des siècles, cet espace a été utilisé de manière intense et respectueuse par les hommes qui composaient avec la nature tout en tirant profit des formidables potentialités issues de la combinaison et de l’interférence de deux milieux : la terre et la mer. Ainsi, le littoral breton a permis l’éclosion de sociétés essentiellement rurales et maritimes qui, en combinant les ressources offertes par l’un et l’autre, ont pu offrir au plus grand nombre des conditions décentes de vie, même si elles peuvent nous paraître fort dures aujourd’hui. Les sociétés littorales de la région ont donc été pendant des siècles directement en prise avec le milieu, vivant d’activités essentiellement primaires accompagnées d’un transport maritime essentiel et complémentaire.

Balayées par les logiques économiques, pêche et agriculture pourtant en mutation, en certains lieux activité industrielle et portuaire survivante, cèdent désormais la place à une activité touristique et résidentielle devenue dominante. Pour beaucoup cette mutation est vécue comme un chance, malgré des effets profonds et fortement déstabilisants pour l’équilibres de nos sociétés. Ainsi pour une bonne part de la population, cette mutation est vécue comme le passage obligé vers la modernité (?), ainsi pour nombre d’élus en charge de ces territoires elle offre une alternative bienvenue, valorisante en termes d’image, pour répondre aux crises affectant les activités du secteur primaire. Cette rupture socio économique profonde dans l’usage du littoral ne se fait pourtant pas sans concurrence spatiale, sans grincement, sans conflit difficile à réguler, sans consommation irrémédiable d’un capital culturel et environnemental. Ces nombreux aspects ont été largement analysés dans le « Littoral agressé » paru l’an dernier. Toutefois pour résumer, il est possible d’en rappeler les grandes lignes.

Cette rupture s’accompagne en effet d’un artificialisation croissante de ces espaces, tributaire de notre manière nouvelle d’habiter. Par artificialisation il faut entendre le passage irrémédiable d’un terre à vocation naturelle ou agricole à tout processus définitif d’urbanisation. Si en 1975, ce taux d’artificialisation était de 7,8% des surfaces des 883 communes littorales métropolitaines, il est en 2007 de 13%, soit 2,7 fois celui établi pour la moyenne nationale. Mais en Bretagne, il peut atteindre les 20-25% dans de nombreuses communes littorales12. Et surtout, le processus s’est dernièrement accéléré comme le soulignent les très fortes proportions de constructions réalisées en 2004 sur le littoral de la région et plus particulièrement sur celui du Morbihan, comme nous l’avons souligné précédemment. Cette pression s’accroît au rythme actuel de +4,5%/an alors qu’il n’était jusqu’en 2000 que de +1,5%/an. Le résultat en est une très forte consommation de terres agricoles pourtant essentielles à la production alimentaire. Chaque année, la perte actuelle est estimée à 5600ha/an, soit l’équivalent de la surface de deux communes13. Dans le seul pays d’Auray, là où la part des résidences secondaires atteint 42% de l’habitat – un record pour la région – ce sont 13% de la SAU qui ont ainsi été soustraits à l’agriculture entre 1988 et 2000. Dans certains cantons littoraux on atteint des taux records de –40% entre 1979 et nos jours.

Il en résulte une dégradation profonde des paysages, thème qu’aborde Jacques Lescoat dans son propos, une désorganisation de la structure urbaine de la région qui voit ainsi disparaître l’originalité, sauvage ou humanisée, de ses bords de mer et celle surtout de son réseau de petites villes-ports pourtant si adapté à la logique polycentrique de gestion de l’espace. Ce dernier se fond progressivement en un immense entrelacs de lotissements pavillonnaires, de réseaux, de zones commerciales et d’activités qui produisent une ville sans fin ni structure, une urbanisation en nappe très consommatrice d’espace : ainsi, autour du golfe du Morbihan, la surface requise par habitant atteignait 300m2/h alors que la moyenne régionale n’était que de 90m2/h14. Le pavillon individuel, rêve de tout ménage contemporain et symbole de sa réussite sociale, apparaît ici comme une aberration qu’il faut revoir, tout au moins dans sa forme actuelle.

Mais surtout l’intense spéculation foncière et immobilière qui affecte notre littoral particulièrement depuis 1999 et ne faiblit pas en ces lieux, produit cette exclusion sociale précédemment décrite qui touche les plus faibles, qu’il soient jeunes ou âgés, conduisant à leur éviction de ces zones littorales. Les cartes de taux à prêt zéro démontrent avec quelle rapidité cette exclusion s’opère et conduit à un véritable transfert de ces population vers le Centre Bretagne pour le moment. Ce phénomène que nous ne percevions que partiellement en 2004, s’est brutalement accéléré au cours des trois dernières années dans des proportions que nous ne pouvions imaginer, intégrant ce territoire longtemps délaissé dans les dynamiques rétro littorales. Brutal, il s’accompagne d’une mobilité croissante entre lieu de travail et lieu de résidence, amplifiant en proportion les flux de circulation qui transitent de long du littoral et les réorientant de plus en plus des espaces intérieurs de la région vers les villes de la côte, là où se concentrent les emplois. Un tel modèle d’organisation n’est pas soutenable. Il occasionne des coûts élevés en infrastructures pour les communautés (routes, équipements pour les zones d’accueil) et pèse lourdement sur le budget des familles déjà lésées par les contraintes de cette nécessaire migration. Quant au coût social et culturel, il passe pour profits et pertes : personne ne cherche pour le moment à l’évaluer et pourtant il est lui aussi énorme. Nous assistons ainsi à un gaspillage d’atouts et de ressources humaines dont la valeur n’est en rien quantifiable et à l’éclatement de communautés détentrices d’une forte identité culturelle. C’est le patrimoine vivant de la Bretagne qui disparaît au nom d’un réalisme économique dominant et imbécile et d’options politiques à courtes vues.

C’est donc toute une société qui se trouve bousculée, qui se transforme sous l’effet de contraintes extérieures, qui vit ces ségrégations sociales, générationnelles et d’activités. Ces mutations ne concernent plus le seul littoral mais bien, par répercussion, l’ensemble de la région. Celle-ci se trouve entraînée dans un violent maelström conduisant à une banalisation environnementale et culturelle, et une discrimination spatiale des fonctions et de hommes. C’est l’impasse. Il nous faut réagir.

Refonder une cohésion sociale et une identité à partir d’un projet global de société :

Face à de telles évolutions destructrices, l’enjeu est donc bien de redéfinir un projet de vie pour la Bretagne, spécifique et courageux, adapté aux contingences de nos milieux pour mieux mettre en valeur leurs potentialités dans un cadre soutenable. Cela suppose préalablement d’analyser tant sur un plan historique que socio économique, environnemental, politique et spatial, le contexte de rupture dans lequel nous nous trouvons. Ce n’est qu’après cet inventaire, et en partie grâce à lui, que pourront se dessiner les orientations à promouvoir pour qu’enfin se définissent les pistes essentielles d’un projet global de société devenu si nécessaire. Mais pour cela il y a nécessité d’élargir l’espace d’analyse et de gestion du littoral breton. Pourquoi une telle affirmation ?

Tout d’abord parce que nous vivons actuellement une rupture en matière de gestion des espaces :

Jusqu’à présent, nos actes, et une législation pléthorique n’ont développé que des logiques sectorielles et ponctuelles, séparant les enjeux selon leur nature (économiques, sociaux, environnementaux), répondant en cela aux impératifs dominants d’une économie de marché, et agissant toujours dans le cadre d’une démarche corrective visant à réguler les effets pervers des comportements établis. Or l’on sait en termes d’aménagement combien de telles logiques, reposant sur la liberté d’action individuelle, sont coûteuses financièrement et trop souvent inaptes à endiguer les phénomènes indésirables. Le bilan actuel en offre le constat. De nos jours, il y a nécessité à retrouver le sens commun, mais aussi à substituer à ces approches sectorielles une lecture globale et anticipatrice. Rien en effet ne peut être compris, maîtrisé, si on ne prend en compte, dans une démarche holistique, l’ensemble des composantes d’un même milieu, prises dans leurs spécificités mais aussi leurs interdépendances. Le géographe tropicaliste Jean Dresch, le sociologue Edgar Morin, nous en ont montré le chemin.

Par ailleurs, il y a nécessité à changer nos représentations. En ce domaine, la tâche est immense. Tout d’abord en recentrant les analyses sur l’homme, en le replaçant au centre des systèmes comme l’a si bien développé le géographe russe V. Sotchava, à l’origine du concept de géosystème. Surtout, aborder le littoral consiste à ne pas l’envisager dans l’unique vision terrestre trop fréquemment répandue, mais bien dans une lecture plaçant la mer comme la donnée prioritaire qui influence sur toutes nos actions à terre. La différence culturelle est en ce domaine énorme, pour beaucoup incompréhensible tant ils ont été formatés par cette décryptage exclusivement continental du fonctionnement des territoires. Pourtant tous nos actes à terre ayant une incidence en mer, c’est bien en partant de la mer que nous devrions les concevoir. Ainsi la compréhension du géosystème littoral dans lequel nous vivons est devenue terriblement complexe.

Le littoral, un milieu complexe, en quoi et pourquoi ?

Les raisons en sont multiples :

. En matière géographique tout d’abord. La côte n’est pas un trait, une frontière ainsi que notre histoire l’a trop souvent conçu. C’est une espace d’interférences qui unit deux milieux qui s’interpénètrent (influences climatiques, panaches de rejets en mer des fleuves). Il faut concevoir le littoral dans sa profondeur terrestre (ce qui commence à être désormais admis) comme dans sa projection maritime comme un même territoire soumis à des contraintes communes. C’est par ailleurs un espace instable par définition. Nos sociétés contemporaines, sans mémoire et figées dans le court terme, l’ont oublié. Pourtant les transgressions marines sont une réalité à prendre en compte. Les rapides évolutions du niveau marin actuellement prévues impliquent que nous changions de comportement et retrouvions un peu d’humilité face aux usages que nous faisons de ce milieu.

. En matière patrimoniale, les sociétés anciennes qui avaient appris à conjuguer avec la mer par nécessité, nous ont laissé le témoignage d’une superbe adaptation aux contraintes d’un tel milieu. Avec une vie réfugiée dans les anses, les rias et les estuaires, tirant parti des complémentarités de ressources de chaque milieu, elles en ont fait un espace favorable à la vie humaine, porteur de fortes densités grâce à une pratique combinée de l’agriculture, de la pêche et du commerce. Il en est résulté des sociétés particulières, riches de leurs cultures et un patrimoine original, axé sur le réseau des villes-ports caractéristique des littoraux de la région et si bien adapté aux contingences de la vie quotidienne en ces lieux.

. En matière sociale aussi, elles sont devenues complexes. Les sociétés autochtones longtemps uniques ont tiré parti, avec difficulté, des richesses primaires combinées du milieu en pratiquant la pluriactivité. Les sociétés terriennes et urbaines contemporaines ont plutôt là tendance à trouver un exutoire mythique à leur frustration de nature. La présence de la mer y est perçue comme un espace vierge lieu de ressourcement et d’exotisme. Ces deux visions opposées s’affrontent aujourd’hui sur ce même espace, ne mesurant pas de la même manière les contingences du milieu.

. En matière environnementale, il apparaît clairement que l’état biologique des espaces littoraux est conditionné par la qualité des eaux marines, elles-mêmes dépendantes des effluents continentaux. La mer, les mers bordières plus particulièrement constituent donc les réceptacles de tous nos dysfonctionnements à terre. En cela elles méritent donc une grande attention et une rigueur de gestion que nous rappelle la législation des Nations Unies sur le Droit de la mer de 1982. Cette dernière rend en effet garant tout Etat de la qualité de ses eaux marines bordières (articles 4, 192, 193). Cette responsabilité n’est en rien anodine, même si pour le moment cette législation n’entre que timidement en application en Europe. Elle tend cependant à devenir un élément déterminant des logiques en matière d’aménagement.

. Mais surtout, le littoral est plus que jamais convoité. Dernier bien commun de la planète, il en est devenu l’ultime far-west et porte en cela un nombre croissant d’enjeux : activités primaires traditionnelles, aquacultures nouvelles, activités touristiques et de loisirs, intérêts énergétiques, miniers et industriels, espace de circulation en développement incessant. Or toutes ces activités en mer impliquent une base à terre, accroissant d’autant les pressions foncières littorales. Par ailleurs, toutes ces activités induisent une appropriation et une privatisation progressive de la mer via des concessions, des droits, des quotas, des réserves. Le littoral cristallise donc les nombreuses attentes de notre société, lesquelles dépassent les intérêts de ses seuls résidents et souvent leur échappent.

Cette complexité s’inscrit dans les réglementations internationales et européennes qui guident les actuelles politiques de gestion :

A l’instar du Droit de la mer des Nations Unies, toute la philosophie des nouveaux textes d’aménagement, qu’ils soient européens ou nationaux, est fortement marquée par cette globalité de l’approche des problèmes et ce d’autant plus depuis la conférence de Rio de 1992 qui entérine la logique de développement durable. Toutes les recommandations européennes, toutes les lois nationales relatives à l’aménagement intègrent désormais ces principes et préparent leur mise en place progressive dans notre gestion du territoire. Tous ces textes s’inscrivent dans une vision forte de développement durable et soutenable ; tous préconisent une approche globale et complexe du traitement des problèmes ; tous suscitent un rééquilibrage des enjeux entre objectifs sociaux, environnementaux et économiques. Or leur rôle ne va cesser de croître dans les décennies à venir.

La gestion intégrée des zones côtières, particulièrement destinée à la gestion complexe de ces espaces et déclinée selon les Etats sous différents noms, en constitue la parfaite illustration. La Bretagne dès le début des années 70, développait cette vision d’aménagement. Elle l’entérine aujourd’hui avec la mise en place de sa « Charte des espaces côtiers bretons », adoptée les 13 et 14 décembre derniers. En définissant un projet d’avenir pour sa zone côtière, en exposant les grands défis de son développement durable, elle pose les principes qui doivent régir l’action de tous sur le littoral de la région et en mer. Les années futures seront celles de sa mise en application effective.

La Bretagne toute entière : un immense littoral à l’échelle européenne:

Ces enjeux, les problèmes qui en découlent, ne concernent pas que le seul littoral breton, mais bien la région toute entière. Nous avons gardé l’habitude de ne les concevoir qu’à la simple échelle régionale, les réduisant à des questions internes, séparant encore son territoire en ces deux entités traditionnelles qu’étaient l’Armor et l’Argoat. Cette lecture est désormais dépassée, pour deux raisons au moins.

La première, tient au fait que les déséquilibres aujourd’hui générés par la pression démographique littorale ont des effets qui se répercutent progressivement vers l’intérieur. Dans un premier temps ils se sont reportés sur la plaine côtière littorale, morphologiquement dessinée le long des côtes sur une profondeur d’une vingtaine de kilomètres. Jusqu’en 2003, c’est elle qui a accueilli majoritairement les populations et les activités évincées des strictes communes littorales. Nous constatons aujourd’hui que ces transferts se reportent plus loin à l’intérieur concernant désormais toute la région, y compris l’angle mort que constituait, il y a peu encore, le Centre Bretagne. A quelques exceptions près, les communes de l’intérieur de la Bretagne sont elles aussi maintenant soumises aux effets de cette pression littorale. Ce constat bouscule tous les schémas géographiques passés inhérents aux dynamiques territoriales internes à la région. En cela la région vit des mutations d’une ampleur et d’une brutalité inégalées dans son histoire.

Mais surtout, si une bonne part de ces mouvements est issue des dynamiques endogènes, plus du tiers d’entre eux relève de transferts de populations s’opérant à d’autres échelles : nationales ou européennes. Et ceux-là ne sont en rien maîtrisés pour le moment. Pour les comprendre, il y a nécessité d’analyser la place qu’occupe la Bretagne au sein de l’espace français et européen. La simple observation d’une carte de densité des peuplements européens traduit immédiatement les déséquilibres flagrants existant au sein de ces espaces (voir carte n°). Ils sont manifestes au sein du territoire national entre l’Ile de France et les autres régions. Ils le sont encore plus entre le territoire national, où la Bretagne apparaît pourtant relativement peuplée, et le reste de l’Europe, celle du nord particulièrement qui porte la mégalopole européenne s’étendant du bassin de Londres à l’Italie du nord, via l’axe rhénan. Là, les gradients de densité vont du simple au triple, voire plus, à l’égard de pays comme la Grande Bretagne, la Belgique, les Pays Bas où l’Allemagne. Là, la frontière française apparaît alors comme une ligne de rupture, le territoire national semblant particulièrement vide d’hommes. En conséquence, la France constitue donc une formidable zone d’appel pour des populations à l’étroit dans leurs pays. Mais si nombreuses de ses régions paraissent bien vides au regard des densité européennes, toutes ne sont pas nécessairement attirantes. A l’inverse la Bretagne leur offre pour le moment encore un littoral attrayant, une forte identité, un environnement et des paysages relativement peu urbanisés. A moins de 7 heures de trajet de ces lieux de grande densité, elle apparaît très proche et attractive. On le constate à chaque week-end, à chaque période de vacances par les flots de touristes que cette Europe du nord et du nord-ouest déverse sur la région. Nombre de personnes âgées de ces espaces viennent par ailleurs y passer leur retraite. La chose est d’autant plus aisée que la circulation des populations au sein de l’espace de Schengen est désormais libre. Elle le devient encore plus dès qu’on compare les différences de niveaux de vie au sein de l’UE : le PIB/h d’un Francilien est 1,5 fois supérieur à celui d’un Breton, celui d’un Flamand ou d’un habitant du nord de l’Allemagne 1,75 fois supérieur, celui d’un habitant du bassin de Londres près de 2,5 fois supérieur (voir carte n°). Investir en Bretagne est bon marché pour ces Européens habitués à d’autres coûts de l’immobilier.

Avec de tels écarts de densité et de niveau de vie, la Bretagne bien proche, considérée de loin comme un immense littoral, devient un territoire attirant à portée de main, à portée de bourse. Nous ne pouvons plus la considérer comme en marge de ces dynamiques renforcées par la mobilité des populations et les écarts énormes de développement de l’espace européen. Ce sont elles qui déstabilisent notre société. De périphérie éloignée, elle est devenue intégrée aux mécanismes du marché européen. Rien donc ne peut, dans ces conditions, empêcher la poursuite du mouvement … sinon notre capacité à résister, notre volonté de réguler ces migrations et maîtriser l’avenir de notre territoire. En cela, la définition d’un projet de vie apparaît plus que nécessaire.

Quelles orientations, pour quel projet ?

Nul n’est besoin d’aller très loin et de réinventer le monde. Compte tenu des impératifs du développement durable qui s’imposent à nous et deviennent incontournables, les grandes orientations sont déjà définies. Elles l’ont été particulièrement dans le texte du CNADT du 9 juillet 2003 en dix propositions rassemblées sous le titre explicite : « Un nouveau contrat social  pour le littoral »15. Ce document fournit une véritable ligne de conduite aux sociétés littorales pour qu’elles défendent leurs équilibres et leurs suggère aussi des pistes pour affronter l’avenir.

Trois grands objectifs y sont notamment déclinés :

  • « élargir la définition du territoire littoral à celui des interdépendances fonctionnelles de la zone côtière et de la mer vers la terre ». Ce premier pose la question de la définition du territoire tant sur terre qu’en mer. L’un de ces aspects sera développé notamment par l’article de Pierre Yves Le Rhun.
  • « enrichir la vision environnementale de toute sa dimension humaine, sociale, culturelle et économique » ce qui pose fondamentalement la question patrimoniale qu’abordent ici Françoise Péron et Guillaume Marie.
  • « rendre aux hommes et aux femmes vivant sur le littoral la capacité d’émettre et de porter un projet de territoire défini localement », question qui touche la dimension de l’organisation et des pratiques politiques.

Ces objectifs ont surtout pour but « d’éviter le gaspillage d’atouts et de ressources géographiques, économiques et humaines d’une immense valeur et qui ne sont pas renouvelables ». Pour la Bretagne, il y a donc dans ces propos matière à tout un programme d’actions constituant de fait les bases d’un véritable projet de vie sur des principes auxquels elle a parfois déjà souscrit à l’époque du CELIB. Dans les faits, qu’est-ce que cela implique?

Préserver les qualités environnementales et paysagères :

Cela signifie en premier lieu opérer la reconquête de la qualité des eaux, élément primordial des équilibres naturels. Certes, le travail est entrepris en ce qui concerne les eaux continentales. Mais il y a encore beaucoup à faire en ce domaine et les difficultés de réussite des plans « Bretagne Eau pure » sont là pour nous le rappeler. Toutefois le monde agricole a, semble-t-il, pris cette fois conscience des enjeux et réalise actuellement des efforts véritables. Mais les agriculteurs ne sont pas les seuls acteurs concernés. Tout habitant l’est quelque soit sa fonction, sa localisation sur le territoire. Or les rejets d’une urbanisation dense et croissante sur le littoral, malgré les immenses efforts réalisés en matière de traitement des eaux usées, restent problématiques. Ainsi 80% des rejets des stations d’épuration de la Baie de Carnac-Quiberon ne répondent pas actuellement aux normes sanitaires garantissant le maintien d’une activité ostréicole sur ce qui constitue pourtant la première zone de production en Bretagne ! Pour ces raisons, des PLU sont bloqués en préfecture, des ostréiculteurs envisagent des délocalisations vers des pays situés plus au nord, bénéficiant d’eaux plus pures. Cet enjeu pose donc la question de la capacité de nos territoires littoraux à porter une population (la fameuse « capacité d’accueil » de la Loi littoral). Le seuil est-il indéfini quand la technique avoue ses limites ? Est-on prêt à l’inverse à sacrifier ces activités, sources de richesses économiques et légataires d’une culture. La question se pose aussi pour la pêche côtière et toute activité concernant la ressource halieutique. La qualité d’un environnement conditionne donc bien les choix économiques et humains que l’on veut ou non promouvoir. C’est la qualité de notre vie future qui aujourd’hui se joue sur cette question.

Il en est de même pour les paysages qui ne sont que la traduction d’équilibres lents à mettre en place et dont on mesure l’enjeu au moment même où ils sont bousculés, où ils disparaissent16. La « bétonnisation » du littoral pose aujourd’hui problème, détruisant un patrimoine urbain et rural et reléguant au niveau des utopies le fameux « tiers sauvage ». C’est le thème qu’aborde ici ultérieurement Jacques Lescoat.

Lutter contre l’étalement urbain :

L’urbanisation diffuse et déstructurée qui nappe le littoral, produisant ce que le britanniques définissent comme un développement en ruban (le ribbon development), détruit nos paysages urbains et leur parfaite fonctionnalité. Toute une réflexion en matière d’urbanisme et d’architecture est donc à promouvoir. Tout un courant de réflexion doit émerger en ce domaine visant à promouvoir un modèle régional spécifique.

Afin d’éviter cette urbanisation continue qui s’étale tout le long du littoral ou sur l’axe méridien Nantes Rennes Saint-Malo, aujourd’hui fortement préoccupant, il apparaît nécessaire de redéfinir une organisation urbaine qui s’appuie sur le traditionnel réseau des villes-ports, héritage patrimonial et base même d’une organisation polycentrique traditionnelle qui pourrait constituer une alternative à ce nappage urbain de l’espace ou à la métropolisation qui l’accompagne sur les plus grands centres17. Une telle politique remet en cause la croissance de nos villes, donc les moyens de la contenir et condamne à terme l’usage de l’habitat pavillonnaire tel que nous le développons aujourd’hui.

En réponse à ces pratiques de nos jours dominantes apparaît la nécessité de promouvoir des coupures d’urbanisation, une utilisation parcimonieuse du foncier agricole, une autolimitation de la croissance urbaine. C’est une obligation pour que les villes petites et moyennes conservent leur charme, leur cadre de qualité et participent ainsi à la constitution d’un véritable réseau polycentrique qui pourrait reconstituer l’originalité de la région. Mais c’est aussi un enjeu pour les grandes agglomérations dont la croissance infinie, en rien soutenable pour les habitants, rompt l’équilibre spatial de la région. Est-il normal qu’une agglomération comme Rennes continue à absorber chaque année l’équivalent de la population de Carhaix ?

Parallèlement un effort important et novateur est à réaliser en matière d’architecture. Pour répondre au souhait toujours vivace de l’habitat individuel des ménages, à cette nécessité d’économiser l’espace, à l’intégration des logiques paysagères et patrimoniales, il apparaît nécessaire de rechercher des formes nouvelles d’habitat, plus denses, plus conviviales, aux matériaux mieux adaptés aux contraintes environnementales nouvelles, et surtout moins sélectives socialement. Un superbe défi qui viserait à la promotion d’un modèle architectural régional, est ainsi offert à la région. D’autres l’ont déjà compris, ailleurs en Europe18.

Défendre à tout prix les activités primaires :

Alors qu’elles sont fortement menacées par les logiques de l’économie de marché prises dans le cadre de l’Union européenne et de la mondialisation, qu’elles sont dévalorisées en termes d’images tant au niveau du public que de leurs propres acteurs, ces activités apparaissent pourtant comme un enjeu majeur de l’aménagement du littoral de la région. Pourquoi ?

  • Tout d’abord parce qu’elles participent par leur présence à la mise en valeur d’un territoire original : le littoral. Elles constituent ainsi la base d’une richesse économique pérenne, si on le souhaite, fondée sur les spécificités de ce milieu si particulier. La croissance de la population, la rareté retrouvée de certaines productions sur les marchés nous permettent-elles de se passer ainsi à nos portes d’un tel gisement alimentaire ?
  • Parce qu’elles génèrent des emplois bien réels et rémunérés qui, peuvent être permanents pour peu qu’on le désire. Sait-on que la filière pêche bigoudène assure 1/3 des emplois directs, indirects et induits du Pays de Cornouaille, que l’agriculture périurbaine et littorale de la communauté de Cap l’Orient fournit avec 350 exploitations agricoles, près de 900 emplois directs et 3500 induits ? A un moment où le travail est une denrée rare, est-il pertinent de se passer d’un tel vivier d’emplois ?
  • Mais aussi parce que dépendantes de l’état des milieux, elles sont plus que d’autres sensibles à la qualité de leur environnement. Certes elles ont pu par le passé contribuer à sa profonde dégradation. Elles en ont pris conscience désormais et opèrent en ce domaine une importante mutation en termes de comportements environnementaux. Les vrais « écolos » de notre société sont aujourd’hui leurs professionnels : démarches bassins versants, agriculture responsable, gestion des stocks halieutiques, qualité des eaux. Par leur présence et la nécessité de produire, ces acteurs constituent un formidable réseau d’observations et d’alerte sur l’état du milieu. Nous en profitons tous.
  • Parce qu’elles sont les seules à pouvoir occuper de manière fonctionnelle et provisoire cet espace tampon que constitue la frange littorale : zones d’estran, prairies littorales, massif dunaires. Il en a toujours été ainsi dans le passé ; il nous faut retrouver cette géosophie (sagesse de la terre) que seuls les hommes au contact des éléments naturels connaissent. L’actuelle remontée du niveau marin nous rappelle qu’il faut agir avec humilité sur ces espaces où rien de définitif ne peut être installé. Seules ces activités peuvent mettre en valeur de tels lieux sans pour autant les figer d’une manière irrémédiable et irresponsable vis-à-vis des risques naturels.
  • Par ailleurs, en maintenant une population active et résidente sur le littoral elles participent à l’équilibre de la société, favorisant mixités sociale et générationnelle tant nécessaires. La construction des identités si particulières qui font l’originalité culturelle de ces territoires, si recherchée sur le plan touristique, ne peut émerger qu’à cette condition. Car elles feront du littoral breton, de la Bretagne toute entière, un territoire à part, doté d’un riche patrimoine en perpétuelle régénérescence.
  • Enfin et surtout, par leur présence active, elles constituent le meilleur rempart qui soit à l’extension de l’urbanisation. Avant même d’être le support d’un habitat et de nos phantasmes, ces milieux sont là pour nous nourrir. La terre, la mer bordière ont avant tout fonction de production. Il nous faut les respecter. Nous devons donc adapter la ville à leurs contraintes et non l’inverse comme cela se fait actuellement.

Ainsi pour toutes ces raisons, il nous faut au contraire protéger, valoriser, développer ces activités sur le littoral. Elles ne doivent pas être tributaires des seules logiques économiques, mais bien participer à un véritable projet de société où elles auraient toute leur place pour le plus grand bien de tous. L’article de Pascal Tocquer nous en fait ici, à propos de l’agriculture, la démonstration ; de même celui d’Alain Le Sann au sujet de la pêche.

Valoriser une activité de transport maritime et d’industries portuaires :

Activité en sommeil depuis plusieurs décennies, le transport maritime a pourtant bien forgé l’organisation du peuplement littoral de la région, multipliant au fil du temps les villes-ports au gré de chaque rentrant du littoral, de chaque petit hinterland rural et des stratégies multiples du transport maritime. Ainsi a pris forme cette structure urbaine si particulière qui caractérise la région. Si cette activité a pu être florissante pendant des siècles, affirmant sa dimension maritime, l’accompagnant de tout un réseau d’activités dépendantes (constructions navales, industries), les logiques d’évolution de ce mode de transport ont délaissée les ports bretons au profit de grandes places portuaires localisées surtout au nord de l’Europe. Et pourtant la mer reste un formidable espace de circulation, de connexion à l’économie monde.

Le développement contemporain de ces échanges, dans le cadre de l’actuelle mondialisation, les orientations de développement durable préconisées par l’UE changent la donne tant pour des raisons techniques que d’organisation. Profitant de ces mutations récentes, la Bretagne n’a-t-elle pas l’opportunité de capter une part des flux qui transitent à ses portes sur la plus grande route maritime du monde, d’élaborer une stratégie économique nouvelle fondée sur le transport maritime et les activités qui en découlent? Un gisement nouveau d’activités et d’emplois s’offre à elle, à la condition qu’elle le veuille, qu’elle se saisisse de ces enjeux. Il lui serait alors possible de fonder un système industrialo-portuaire, alternative nécessaire à la mono activité touristique vers laquelle tend actuellement son littoral. Par ailleurs, la mer constituant le mode de déplacement actuellement le plus écologique, n’a-t-elle pas à concevoir son organisation territoriale interne pour partie sur ce mode de transport. Du coup, tout le réseau inactif de villes-ports, doté d’infrastructures à l’abandon, retrouverait une fonction nouvelle dans le cadre d’un schéma maîtrisé de vie, d’activités et de déplacements. Ces opportunités sont à saisir avant qu’elles ne s’imposent à nous en raison de strictes contingences économiques. Car dans le premier cas la région serait en mesure de maîtriser la mutation en fonction d’un projet réfléchi répondant à ses priorités, dans le second elle la subirait en fonction de logiques exogènes. Il y a là un enjeu considérable pour la région. C’est le sens du propos de Yves Lebahy lorsqu’il analyse la nécessaire implication de la région dans ce domaine du transport maritime.

Relativiser la place des activités de loisirs et de villégiature :

Les activités de loisirs et de villégiature ont pris une place prédominante sur le littoral au point qu’en certains lieux elles sont devenues l’unique activité, déstabilisant au passage tous les équilibres sociaux et économiques, comme décrit précédemment. Pire, de nombreux responsables économiques et élus considèrent pourtant qu’il n’y a plus aucune autre alternative et vouent leur territoire à cette seule fonction. C’est ignorer à quel point elle est fugace et par nature « minière », consommant un cadre de vie et un environnement culturel élaborés et accumulés au cours de longs siècles. Très rapidement cette mono activité balaie leur originalité, banalise leur site, uniformise leurs sociétés par éviction des acteurs productifs. L’exotisme qui attirait, perd progressivement de sa saveur. Nous le constatons dans les comportements migratoires de ces populations en quête de « nature » et de dépaysement. Alors que le littoral breton accueille désormais des populations qui fuient la côte d’Azur qu’elles jugent saturée et frelatée, dans le même temps nous constatons que des comportements de fuite équivalents commencent à se développer sur les côtes sud de la Bretagne en faveur de sites moins altérés des littoraux nord atlantiques. Nulle économie stable ne peut être construite sur cette activité, sans compter que les emplois qu’elle génère (120 000 environ), restent quantitativement faibles au regard du chiffre d’affaire produit par ce secteur et surtout de conditions salariales peu valorisantes (les 2/3 sont des emplois saisonniers marqués par des pratiques sociales très souvent contestables).

Si cette activité est bien devenue une réalité dans notre société de loisirs et de retraites, il ne faut donc la considérer que comme une activité d’appoint, complémentaire d’autres plus pérennes, plus productives et plus génératrices d’emplois qualifiés et stables, mieux en phase avec les richesses potentielles du milieu maritime (voir précédemment). Ainsi le littoral de la région conservera sa dimension attractive sans mettre en péril ses équilibres économiques et sociétaux. Le comité régional du tourisme commence à en prendre conscience, mais bien tard, alors que pendant des décennies il a promu lui-même un tel modèle. Ces activités doivent représenter seulement un appoint économique ; nous n’avons effectivement pas à le négliger. Mais elles ne doivent en rien constituer un élément perturbateur de nos équilibres, pour le seul profit de quelques-uns. Leur bilan économique pourrait en effet s’avérer fort lourd pour la collectivité, si on prenait en compte toutes les externalités qu’elles génèrent. Nous devons absolument quitter une telle voie, ou tout au moins en relativiser les incidences dans la vie économique de la région.

Redéfinir une organisation politique fondée sur le binôme ville-port/Pays maritime :

C’est le dernier axe d’action, mais il ne fera pas ici l’objet d’un développement particulier car ce sujet a été maintes fois abordé dans d’autres publications19. Toutefois, la gestion intégrée des littoraux qui se met progressivement en place sur nos territoires, implique une adaptation des outils politiques servant à l’aménagement à l’égard des contraintes du milieu et du projet porté par les sociétés. Or ce dernier doit valoriser la relation homme/territoire, la nécessaire interdépendance terre/mer, l’utilité commune tout autant que l’intérêt individuel, la mixité sociale et d’activités au sein d’un même espace. Il nous faut retrouver le plus possible ce lien qui fait du territoire un espace d’habitat, de travail, de consommation.

Un tel programme implique que ce dernier redevienne un lieu où s’expriment les responsabilités collectives, l’auto responsabilisation des comportements, l’éco citoyenneté, tout cela par le biais d’une démocratie plus directe, participative. Vaste chantier qui suppose une révolution de nos représentations et de nos comportements à l’égard d’une vie et des instruments politiques. Cela oblige alors de clarifier l’actuel découpage des territoires locaux afin qu’il réponde à ces impératifs. Dans l’actuelle confusion territoriale qui existe, un territoire s’appuyant sur le binôme ville-port/Pays maritime apparaît comme le support le moins mauvais répondant à ces impératifs locaux, alors que la région revêt dans le même temps un rôle éminent dans l’orchestration des orientations. Tous les autres découpages administratifs deviennent alors superflus. Reste à en convaincre les responsables politiques eux-mêmes, trop attachés à ces entités multiples par habitude et intérêts. Ce n’est pas la tâche la moins ardue.

Beaucoup de chemin reste donc à faire et cela sans tarder. Mais ces enjeux littoraux n’offrent-ils pas à la Région un superbe projet, mobilisateur, novateur, moyen d’affirmer notre originalité en tant que peuple et notre identité ? Prise comme telle, la mer en Bretagne, offre une opportunité à saisir, implique un programme à construire, une révolution à mener. Cette modeste contribution collective tente ici d’apporter sa pierre à l’édifice.

1 LAINE Yves, Europe rends-nous la mer ! négoce maritime, atout majeur de la Bretagne, CELIB, 2ème trimestre 1976.

MARTRAY Joseph, Nous qui sommes d’Atlantique…, Terres de Brume Editions, décembre 1991.

2 SALBI, Schéma d’aménagement du littoral breton et des îles, Service régional de l’Equipement de Bretagne, Atelier régional de Bretagne – SO.R.E.P.A., mars 1972.

3 Intitulé du texte du CIADT (conseil interministériel de l’aménagement et du développement du territoire), Message d’alerte, 9 Juillet 2003.

4 LEBAHY Yves, LE DELEZIR Ronan, Le littoral agressé, Pour une politique volontariste de l’aménagement en Bretagne, Editions Apogée, novembre 2006.

5 INSEE, Revue Octant, octobre 2007.

6 Enquête du groupe immobilier britannique Knight Franck & City Private, repris dans la revue Bretons, n°28, janvier 2008.

7 LE FOLL François (rapporteur), Pour une politique maritime en Bretagne, Rapport du CESR, juin 2007.

8 Données issues de l’analyse du marché établi par les Notaires de l’Ouest, Les notaires et le marché de l’immobilier en Bretagne, disponibles sur le site www.notaires-ouest.com, octobre 2007.

9 Cf. article du Mensuel du golfe du Morbihan, « Les résidents secondaires sont très intégrés », n°39, février 2008, p.42.

10 Le littoral agressé…, ibidem.

11 Préfecture de Région Bretagne/DRE, Contribution de l’Etat sur le littoral breton, novembre 2007, p.12.

12 COLAS Sébastien, « Le littoral entre nature et artificialisation croissante », le 4 Pages, Ifen (Institut français de l’environnement), n°120, octobre 2007.

13 CESR, Pour une politique maritime en Bretagne, ibidem.

14 Rapport des services de l’Etat, SMVM golfe du Morbihan.

15 Conseil National de l’Aménagement et du Développement du Territoire (CNADT), Commission littoral, Un nouveau contrat social pour le littoral, DATAR, 09 juillet 2003.

16 Voir à ce sujet le dossier : Paysages, le défi breton, Géographes de Bretagne, n°1, 1er trimestre 2006.

17 LEBAHY Yves, « Une urbanisation contemporaine qui tue l’identité structurelle des territoires littoraux », Le littoral agressé, ibidem, p. 49-63.

18 GAUZIN-MÜLLER Dominique, 25 maisons en bois, AMC/Le Moniteur, mars 2005 ; et 25 maisons écologiques, AMC/Le Moniteur, octobre 2005.

(NB : ces ouvrages nous montrent notamment les études réalisées dans le Vorarlberg, en Bavière et en Suède dans la recherche d’un habitat répondant aux normes HQE tout en respectant, dans les formes et les matériaux, les caractères patrimoniaux propres à chacun de ces territoires. L’équivalent n’est-il pas possible en Bretagne ?)

19 EUZENES Pierre, LE FOLL François, Pour une gestion concertée du littoral en Bretagne, CESR de Bretagne,section Mer et littoral, juin 2004.

LEBAHY Yves, « GIZC, SCOTs et Pays maritimes :les nouveaux cadres d’action de l’aménagement maritime et côtier », dans Le littoral agressé, ibidem, p.129-178.

LEBAHY Yves, « La nouvelle politique littorale, fondatrice d’un nouvel ordre territorial », dans Territoires en Bretagne : une révolution à opérer, dossier Géographes de Bretagne n°2, Juin 2008.

La dilatation du territoire, privilège des régions maritimes : une approche à partir du cas de la Bretagne

Pierre-Yves Le Rhun

Dilatation continentale, dilatation maritime des territoires, leur différence :

L’histoire de l’Humanité est riche en exemples d’expansion territoriale d’un peuple au détriment de ses voisins. La conquête de la Sibérie et son peuplement par des colons russes est bien caractéristique d’une dilatation du territoire russe. Pour les Etats-Unis, l’implantation de colons britanniques correspondait à une dilatation du territoire anglo-saxon et, après la guerre d’Indépendance, la conquête de l’Ouest par leurs descendants à une dilatation du territoire « américain ».

Depuis, les frontières internationales se sont figées et la dilatation territoriale ne s’observe plus que de façon résiduelle. Au Tibet, les Han poursuivent une expansion plus que millénaire, en Amazonie la colonisation progresse. Le cas de la Palestine est singulier puisque des migrants d’une population juive sans terre ont créé leur territoire et leur Etat israélien au détriment des autochtones. Le processus de dilatation de ce territoire par implantation de colonies en territoire palestinien est actuellement bloqué.

Dans ce contexte , les états maritimes et plus précisément leurs régions littorales continuent à bénéficier des avantages procurés par la mer bordière. Quant on franchit la limite terrestre d’un territoire, on passe brusquement chez le voisin. Ce n’est pas le cas quand on quitte le rivage. Il suffit de naviguer sur nos côtes pour que, par l’effet conjugué de la toponymie familière des caps, des roches et des îles par l’immatriculation dans les quartiers maritimes locaux des nombreuses embarcations de tous types,par le continent proche qu’on ne perd pas de vue, s’impose l’évidence que cette étendue d’eau est partie intégrante du territoire breton.

Elle l’est d’autant plus que ses ressources naturelles participent à l’activité économique du littoral, que le transport maritime s’appuie sur un réseau portuaire, que le rivage attire les touristes, et on ne s’étonne pas alors que les 3/5èmes des habitants de la Bretagne résident sur une bande littorale large de 20 km, ce qui apparaît clairement sur une carte des densités communales1.

Et pourtant la partie maritime d’un territoire régional n’est pas cartographiée ni prise en compte dans les statistiques, sans doute parce que l’utilité n’en est pas démontrée et qu’il serait difficile d’en fixer les limites. Soit, mais ce n’est pas une raison pour ne pas voir que la mer offre à la région maritime un avantage comparatif sur les régions continentales : son territoire réel ne se limite pas à sa surface émergée.

Peut-on mesurer le territoire réel de la Bretagne, avec quelles méthodes ? Avant d’y répondre, tentons une représentation des densités de population qui soit différente de la carte classique et qui mette plus en valeur l’apport de la mer dans la répartition de la population.

Le profil proposé s’appuie sur les densités moyennes observées sur une bande littorale large de 20km et dans l’intérieur. Le choix de représenter les densités à l’échelle communale ou cantonale donnerait un profil plus contrasté et variant selon le tracé choisi, mais la différence resterait forte entre le littoral et l’intérieur.

Ce profil est caractéristique d’une région côtière en ce sens qu’au-delà de la ligne de rivage, la densité du peuplement tombe à zéro et comme il s’agit ici d’une presqu’île, on retrouve au nord comme au sud cette « falaise démographique » dont l’ampleur provient du fait que le littoral est attractif. Un tel profil est représentatif de la Bretagne occidentale, par exemple de Lannion à Lorient.

Le profil est ici plus complexe. On retrouve au nord un impact littoral net sur le Pays malouin, mais il est moins puissant que l’aire urbaine de Rennes, purement continentale et seule exception de ce type dans la presqu’île. Plus au sud, on retrouve les faibles densités de la Bretagne intérieure mais qui tendent à se relever du fait que le tracé suit la voie rapide dont les effets sur l’activité et l’habitat sont bien connus. Puis une troisième aire urbanisée, plus étoffée encore, que l’on peut qualifier de littorale puisque le commerce maritime a été le fondement de la prospérité nantaise. Mais ici, pas de « falaise» puisque la limite sud du Pays nantais est continentale et donc ce qui l’emporte, c’est la continuité par rapport au peuplement du territoire vendéen.

A la recherche de méthodes pour mesurer la dilatation du territoire breton :

Via l’impact économique :

Il faudrait estimer la part de richesse dépendante de la mer, produite chaque année et en général localisée sur le littoral :

  • productions marines et légumières, leur transformation, transport, commerce…
  • transports maritimes, construction navale,
  • tourisme, santé,
  • les services à l’industrie et à l’habitat liés à la mer, etc.

Cette étude permettrait de fournir le pourcentage du PIB de la Bretagne qui relève de la présence de la mer. Si le reste du PIB devait se réaliser sur les 34 000 km2 du territoire, on peut alors calculer quelle extension de ce territoire serait nécessaire pour compenser la perte du PIB maritime. Voilà une première approche de la dilatation territoriale apportée par la,mer à l’économie bretonne.

Par la généralisation virtuelle de la limite continentale :

Un chapelet de petites villes séparées par des espaces de faible densité démographique court de Fougères à Ancenis en passant par Vitré et Châteaubriant,sur un parcours nord-sud de 140 km. Pour estimer la population sur une bande large de 20 km, on peut se baser sur les 15 cantons frontaliers de Saint Brice en Coglès à Ancenis, soit un total de 160 000 habitants dont presque la moitié dans les 4 petites villes citées.

Pour effacer l’effet littoral, il s’agit de remplacer l’actuelle bande littorale de 20 km de large par une bande continentale de même largeur et peuplée sur le modèle de la limite orientale de la Bretagne. La longueur du littoral équivaut à quatre fois celle du modèle continental, ce qui permet d’estimer que la « continentalisation »du littoral ferait chuter sa population de 2,6 millions d’habitants à 160 000 X 4 = 640 000habitants.

On imagine la cure d’amaigrissement du réseau urbain. Seule Rennes conserverait sa population, Nantes disparaît ou serait ramenée à la taille d’Angers. Saint-Nazaire, Vannes, Lient, Quimper,, Brest, Saint-Malo seraient de petites villes ou même seraient rayées de la carte…

La population totale de la Bretagne chuterait de 4,3 à 2,3 M d’habitants (somme de la population de la Bretagne intérieure, soit 1,7 M d’habitants et des 640 000 habitants de l’ex-littoral). Autrement dit, la mer apporte à la Bretagne presque la moitié de sa population, conclusion qu’une troisième approche tend à conforter.

Par la comparaison avec un espace continental proche :

Il est nécessaire de trouver à proximité de la Bretagne une région continentale sans richesse minière et présentant des similitudes de niveau de vie et de position par rapport à la,métropole parisienne, d’où le choix de la région Centre. Le seul critère de comparaison sera la densité moyenne de population qui résulte de multiples facteurs agissant sur la très longue durée.

Pour enrichir la comparaison, le cas de deux régions voisines, disposant d’une façade maritime, sera pris en compte. D’où le tableau suivant :

RégionSuperficie en Milliers de Km2Population en Million d’habitantsDensité hab/km2Coefficient de dilatation
Centre39,12,4631
Bretagne344,31262
Basse Normandie17,51,4821,30
Poitou-Charentes25,81,7661,04

Tableau n°1 :

Le coefficient de dilatation territoriale de 3 régions littorales de l’Ouest

(par comparaison avec la région continentale Centre – données INSEE 2005)

La figure 1 montre que la densité moyenne de la région Centre n’est que de peu supérieure à celle de la Bretagne intérieure. Ce qui creuse la grande différence entre les densités des deux régions, c’est bien la présence ou l’absence de littoral.

Si la Bretagne était placée en situation continentale, toutes choses égales par ailleurs, sa population serait probablement divisée par deux ; Pour la conserver au niveau actuel, il lui faudrait disposer d’un territoire multiplié par le coefficient de dilatation qui est dans ce cas de 2, et qui se définit comme le rapport entre la densité moyenne d’une région maritime et la densité moyenne d’une région continentale prise en référence.

Le coefficient de la Basse Normandie, nettement plus faible, peut s’expliquer par le grand développement du linéaire côtier breton (c’est l’effet presqu’île), ce qui est nettement moins le cas en Basse Normandie malgré la présence du Cotentin.

Quant au Poitou-Charentes, un effet littoral positif sur la densité de peuplement existe sûrement. Mais la densité moyenne de l’intérieur est plus basse que celle de la région Centre et l’effet littoral ne fait que compenser cette différence. Ce cas indique que l’approche de l’effet littoral par le seul critère de la densité moyenne doit être complété par des études plus fines.

Il reste à représenter graphiquement le territoire réel de la Bretagne :

Le rectangle représente 68 000km2, soit le double de la superficie terrestre de la Bretagne. C’est la superficie que devrait avoir la Bretagne si sa densité était celle de la région Centre pour conserver la totalité de sa population actuelle (4,3 millions d’habitants).

La différence entre la surface de ce rectangle avec celle de la Bretagne, représentée à la même échelle, mesure la « dilatation territoriale » que lui apporte la mer par rapport à une région Centre, bloquée par des limites administratives continentales très précises.

Conclusion :

Loeiz Laurent, dans la Géographie et aménagement de la Bretagne (p.65) écrivait : « On ne soulignera jamais assez combien le peuplement relativement dense de la Bretagne tient à la présence de la mer… » Il expliquait l’écart de densité entre la région Centre et la Bretagne ainsi : « C’est la mer et aussi l’attachement des bretons à leur pays qui font la différence ». Mais cet attachement serait-il si fort sans la mer ?

Il ne serait pas inutile que des recherches plus approfondies mettent en évidence ce que la mer apporte à la Bretagne. L’opinion publique ne sera jamais trop informée des enjeux maritimes et littoraux. Quant aux autorités responsables, la prise de conscience de la forte dépendance de l’économie bretonne à l’égard de la mer devrait les inciter à prendre des mesures plus énergiques pour restaurer le milieu maritime (qualité des eaux, gestion des ressources…) et à gérer le littoral avec le souci prioritaire de transmettre aux futures générations un patrimoine de grande valeur.

1 Comme celle publiée par Yves Lebahy dans la Géographie et aménagement de la Bretagne, Skol Vreiz, 1994, p.199.


Pêche et territoire, une nécessaire intégration

Alain Le Sann. La pêche et les pêcheurs sont aujourd’hui confrontés à une série de défis qui mettent en péril l’existence même de la pêche, qu’il s’agisse du secteur industriel ou du secteur artisan. La pêche artisanale est restée caractérisée par un lien étroit avec un territoire. Cependant, ce lien est affaibli et complexifié avec le développement d’une logique productiviste, qui a vite trouvé ses limites. L’avenir de la pêche ne peut se construire que sur le renforcement des liens entre pêcheurs et territoires.

1/ La pêche confrontée à une triple rupture.

Le développement de la pêche industrielle, comme de la pêche artisanale, a été marqué par un élargissement permanent des zones de captures. Les pêcheurs répondaient à l’épuisement d’une ressource par le redéploiement vers d’autres stocks et d’autres zones de pêche. La pêcherie de langoustine a été développée en réponse à l’effondrement de la langouste, tandis que d’autres cherchaient des alternatives sur les côtes d’Afrique ou du Brésil. A l’épuisement des stocks de lieus noirs, les chalutiers industriels lorientais ont réagi en développant le chalutage dans les grands fonds. Il est clair aujourd’hui qu’il n’y a plus de possibilité d’extension des zones de pêche. Il faut donc se contenter des zones déjà exploitées, pour tenter d’en tirer le meilleur parti en gérant les ressources existantes, au besoin en menant des programmes de restauration .

La seconde rupture est liée à l’émergence de l’approche écosystémique de la gestion des pêches telle qu’elle s’est affirmée dans la décennie 90, et au début des années 2000, en particulier avec la déclaration de Reyjavick. La gestion des pêches n’est plus conçue comme une gestion de ressources à exploiter, mais elle s’inscrit dans le cadre de la gestion d’un écosystème qu’il s’agit de protéger comme base de production de ressources, mais aussi comme base de la biodiversité1. Nécessairement, la pêche n’est plus conçue comme une activité de production, mais comme une activité de cueillette dans un écosystème à préserver.

Enfin, la pêche trouvait naturellement sa place sur les littoraux jusque ces dernières décennies, mais la pression sur les zones côtières est telle aujourd’hui, que la pêche est remise en question, soit pour des raisons écologiques (Aires Marines Protégées interdites à la pêche), soit par le tourisme, la plaisance, la pêche amateur. Economiquement, la pêche doit défendre sa place, face à de nouveaux acteurs sur les littoraux, à terre comme en mer. Ainsi, la valorisation de certaines ressources est nettement supérieure si la pêche est réalisée par des plaisanciers ou si elle alimente de l’écotourisme (plongée, etc…).

Ces trois ruptures placent les pêcheurs face à l’urgence de défendre leur place sur le littoral, et à la nécessité d’inscrire le développement de leur activité sur un territoire.

2/ Pêche et pays maritime.

L’avenir de la pêche s’inscrit donc dans une approche territoriale dans le cadre d’un pays maritime. Cette approche territoriale peut se décliner à 3 niveaux.

a/ L’avenir de la pêche se joue à terre. La pêche exige des installations à terre qui peuvent entrer en concurrence avec d’autres activités comme le tourisme, la plaisance. Il faut aussi prévoir à l’avenir de protéger l’accès au foncier et au logement pour tous les acteurs de la pêche, afin de maintenir une économie de production face à la pression de l’économie résidentielle. L’avenir de la pêche passe enfin par le renouvellement des hommes et des femmes engagés dans la capture et la transformation. Comme pour l’agriculture, le renouvellement ne peut venir uniquement des familles traditionnelles de pêcheurs. Il faut donc que les pêcheurs manifestent leur existence, leur espoir dans l’avenir, en s’adressant à l’ensemble de la population et des jeunes, pour faire connaître leur métier, faire vivre leur culture maritime et attirer des actifs. Leur engagement au sein des conseils de développement des pays maritimes constitue une des possibilités d’exprimer leurs attentes. L’engagement des femmes de pêcheurs qui s’est affirmé depuis la crise de 1993-94 permet de renforcer la visibilité d’un milieu qui risque la marginalisation. L’élection d’une femme de pêcheur à la tête du Comité local des Pêches de Lorient a ainsi fortement contribué à renforcer la présence des pêcheurs sur la scène locale.

b/ La gestion du littoral et de la bande côtière constitue un élément essentiel pour l’avenir de la pêche. C’est sur l’interface terre / mer qui constitue le littoral que se joue une bonne partie de la productivité du milieu marin. La préservation et la reconquête de la qualité eaux et des milieux nécessitent un travail en commun entre les différents acteurs engagés dans la production primaire (conchyliculteurs, agriculteurs) pour lutter contre les pollutions. L’enjeu de la restauration des milieux littoraux pourrait mener à la recherche d’une reconquête marine contrôlée de certaines zones humides pour anticiper la hausse du niveau des mers à venir, et améliorer la productivité primaire de la bande côtière. Des propositions sont faites dans ce sens pour des polders ou baies endigués. Par ailleurs, la bande côtière est l’objet de pressions multiples qui débouchent rapidement sur des confrontations, et régulièrement, les intérêts des pêcheurs ne sont pas pris en compte, comme en témoignent les récents projets aquacoles au large de Groix, ou les projets d’extraction de sables au large d’Etel. Si l’on y ajoute les perspectives de créations de champs d’éoliennes, de réserves marines, ou d’Aires Marines Protégées, la compétition avec la pêche plaisance, les pêcheurs ont du pain sur la planche pour défendre leur territoire de pêche sur la bande côtière.

c/ Sur le plateau continental, et dans la ZEE au-delà des eaux territoriales, l’approche territoriale commence également à s’imposer. Plusieurs initiatives et propositions récentes tendent à déplacer le débat au-delà du traditionnel partage des quotas qui a fait la preuve de ses limites. L’Union Européenne vient de mettre en place les comités consultatifs régionaux – en Méditerranée, en Atlantique. L’un d’entre eux est basé à Lorient. Il s’agit clairement de s’engager dans une voie de décentralisation pour adapter les politiques aux spécificités des espaces maritimes diversifiés en Europe. L’amorce est timide, mais le mouvement est appelé à s’amplifier. D’autre part, l’UE est aussi engagée dans la généralisation des Aires Marines Protégées. En France, cela se traduira par l’extension des zones Natura 2000 sur la bande côtière, 500 000 ha sont concernés. Il existe par ailleurs au niveau européen, des projets pour mettre en AMP 90000 km2 sur 1500 km de littoral. Pour l’instant, l’intégration des pêcheurs dans ces processus est difficile, en Grande Bretagne et au Portugal2 par exemple. En France par contre, l’expérience du parc marin d’Iroise a permis dans la durée d’assurer des échanges entre représentants des pêcheurs et promoteurs du parc. De même, en Méditerranée, des expériences de parcs et de réserves sont menées avec la participation des prudhomies, et un réseau cohérent de petites réserves créées par des pêcheurs et des scientifiques commence à se mettre en place.

La proposition aujourd’hui la plus élaborée est celle de WWF France qui vient de présenter un rapport sur les Unités d’Exploitation et de Gestion Concertées3. Cette proposition est fondée sur des analyses de prudhomies en Méditerranée, et sur les programmes de sélectivité pour la capture des langoustines dans le Golfe de Gascogne. Elle constitue clairement une approche de gestion territorialisée en rupture avec l’approche traditionnelle par les quotas. Elle est basée sur 5 principes :

– La définition d’un territoire pertinent en fonction d’un écosystème, de l’aire de répartition d’une espèce. L’accès à ce territoire est contrôlé et limité. Il est donc fondé sur des droits collectifs régulés et gérés par un organe de gestion du territoire.

– Une nouvelle gouvernance.

Elle est fondée sur la responsabilisation et la concertation, elle intègre tous les acteurs concernés, et assure le partage d’un patrimoine collectif . Des objectifs sont fixés et la gestion est souple et évolutive.

– Une valorisation de la pêche.

Les captures sont valorisées, et le consommateur est associé à la démarche par la traçabilité et la certification

– La gestion est fondée sur l’effort de pêche, et non sur la quantité. La gestion par quota risque d’aboutir à une appropriation individuelle, et elle ignore l’impact sur les habitats et l’écosystème. La gestion par la régulation de l’effort de pêche permet de mieux adapter les techniques en fonction de l’écosystème.

– Enfin, un contrôle rigoureux est indispensable pour le respect de règles définies collectivement.

Le WWF est déjà associé au programme de sélectivité sur la pêcherie des langoustines et les pêcheurs sont réceptifs à cette approche qui correspond déjà à certaines de leurs pratiques (coquille St Jacques en baie de St Brieuc), et surtout leur permet de maîtriser les objectifs et les pratiques de gestion. Une telle approche est évidemment plus simple sur une espèce liée à une zone maritime précise, mais il est possible de la généraliser sur des pêcheries plus complexes, dans la mesure où les acteurs présents sur la zone ou la pêcherie sont connus, se connaissent, mais n’ont jamais l’occasion de se rencontrer, puisque les décisions de gestion sont prises par d’autres et ailleurs, sans tenir grand compte de leurs points de vue.

On peut donc constater que l’approche territoriale de la gestion des pêches est promise à un bel avenir, et c’est sans doute en Bretagne que les expérimentations et les réussites sont prometteuses. Il reste à intégrer ces projets dans les programmes de GIZC. Pêcheurs, conchyliculteurs, agriculteurs ont là aussi engagé des démarches intéressantes en Finistère, comme sur la ria d’Etel. Ce qui est amorcé sur la bande côtière peut être élargi au plateau continental, et ainsi, l’intégration de la pêche dans le pays maritime peut prendre tout son sens.

1Garcia, S.M. ; Zerbi, A. The ecosystem approach to fisheries. Issues, terminology, principles, institutional foundation, implementation and outlook. FAO fisheries technical paper N° 443. Rome, FAO. 2003. 71 p.

2 Savary, M. Le parc marin Luiz Saldanha, Pêche & Développement, N° 75, 2007

3 Guérin, B. ; Ody, D. Pour une pêche durable en France et en Europe ! Proposition du WWF, Paris, 2007.

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