Les Géographes de Bretagne , dès la création de leur association, s’étaient naturellement inscrits dans le cadre de la « Bretagne géographique », celle qui se confond avec la « Bretagne historique » à 5 départements. Ils se réjouissent donc de la prise en compte récente de l’amendement des parlementaires bretons dont l’initiative vise un retour rapide de la Loire Atlantique au sein de la région Bretagne.
Les réactions défavorables, liées indéniablement à des formes de conservatisme, s’inscrivent dans un millefeuille territorial coûteux, inadapté et peu conforme à la réalité géographique de notre pays, oubliant volontairement plusieurs données majeures.
La première, règle élémentaire de la géopolitique que rappelle Michel Foucher dans « Fronts et Frontières » (1988), tient au fait que, dans l’esprit des peuples, une frontière ne s’oublie jamais, quelques soient la suite des évènements et leur durée. L’unité territoriale de la Bretagne, respectée même par la Révolution lors du tracé des départements, est une construction politique ancienne qui a vécu plus de 1000 ans. Une telle durée est rare, exceptionnelle dans l’aventure européenne! Aussi, le redécoupage de 1941 sera toujours vécu comme une agression à l’égard de la société bretonne.
La seconde est que cette amputation territoriale subie par la Bretagne relève d’une défiance profonde de l’État français à l’égard d’une province qui a pu être crainte : le géographe rennais Michel Phlipponneau rappelait toujours cet autre principe élémentaire de géopolitique consistant, pour contrôler une société, à l’amputer d’une partie de son territoire. Dans l’actuel contexte d’une économie transactionnelle, l’absence de la Loire Atlantique en Bretagne coûte cher à la communauté bretonne toute entière en terme de développement économique et culturel.
Mais une troisième raison semble désormais tout aussi importante. La crise institutionnelle que vit aujourd’hui la construction européenne, pose la question de son organisation. Ainsi que le souligne l’éditorial de Yves Mény (Ouest France du 03/01/2012), et aussi utopique que la proposition puisse paraître, face à des États nations qui se crispent sur leurs positions en raison de la crise économique, seule une formule fédérale de l’Union Européenne peut assurer sa survie politique et démocratique. Pourtant dès le départ, le processus d’union impliquait cette option, aussi profonde et radicale puisse-t-elle paraître. Dans un tel cadre, la Bretagne réunifiée, peut trouver toute sa place, en ayant alors les capacités d’une véritable euro région, maritime de surcroît.
Aussi, c’est à toute une recomposition régionale de la France de l’Ouest qu’il faut aujourd’hui souscrire. Notre collègue géographe Jean Ollivro en a esquissé les traits. Bretagne Réunie a adopté ce redécoupage tant il semble évident et répond aux aspirations d’autres territoires. En effet, la Région « Pays de la Loire », après le retour de la Loire Atlantique dans sa région d’origine, n’aurait plus vocation à rester cet espace informe des Pays de la Loire sans la Loire Atlantique.
La logique géographique, très cohérente, viserait à rattacher la Vendée à Poitou-Charentes, formant ainsi une région Centre Atlantique cohérente à 5 départements. Par ailleurs, le rattachement de la Mayenne et de la Sarthe à la région Centre viserait à créer un vrai Val de Loire qui, d’Angers à Orléans, formerait une des plus belles régions de France, forte de l’unité liée cette fois à la Loire et à ses affluents. C’est dans ce cadre aussi (Région Normandie) que des géographes – autres que bretons – proposent une France métropolitaine organisée sur 16 régions cohérentes plutôt que sur les 22 actuelles, fortes de leur identité et de leur dimension européenne.
C’est pourquoi il nous semble qu’au-delà des intérêts de quelques baronnies à remettre en cause, de quelques réseaux à recomposer, la Bretagne tout d’abord mais aussi la France du grand ouest trouveraient aujourd’hui avantage à une recomposition préparant l’avenir.
Yves LEBAHY
Pour « Géographes de Bretagne »