Depuis près de deux millénaires le territoire de la Bretagne s’organise sur un réseau de villes petites et moyennes qui exprime un aménagement solidaire, adapté aux contraintes du milieu et à une vision partagée de l’aménagement des territoires. La présence de ce maillage urbain évite les fractures du type « Toulouse et le désert toulousain » et limite considérablement les phénomènes d’exclusion sociale en maintenant la cohésion nécessaire dans la société entre villes et campagnes.
Cette organisation urbaine est en réalité très moderne. Elle évite la présence de villes dilatées qui multiplient les navettes entre les lieux de résidence et d’emplois et renforcent sans contestation l’exclusion et la ségrégation. Elle permet au contraire un aménagement équilibré des territoires, la présence d’un maillage économique assurant des dynamiques plurielles.
L’organisation assure localement la proximité entre les emplois, le logement et les services, ce qui est un gage du développement durable. L’option favorise du coup les mobilités douces et l’économie de proximité. La Bretagne est alors en pointe avec son modèle singulier et propose d’ores et déjà un maillage de villes véritablement durables.
Dans ce cadre, la volonté nationale de privilégier des « grandes métropoles » entre en violente contradiction avec cette armature urbaine. Des schémas fondés sur les seuls critères de « taille » (plus de 450 000 habitants) omettent totalement ces variables qualitatives. Des élus, actuellement tentés de répondre à la seule prime financière et investis d’une mission centralisatrice régionale qu’ils souhaitent au bénéfice de tous, désirent mettre sous tutelle des collectivités périphériques et risquent de mettre à bas cette structure singulière, de renforcer l’exclusion sociale en lointaine couronne, d’accroître considérablement les inégalités foncières, sociales et l’exclusion par la mobilité. Par ailleurs, ils laissent les dynamiques métropolitaines se développer au risque de voir se constituer une véritable conurbation N/S qui renforcera le clivage entre l’Ouest et l’Est de la Bretagne.
Nous, Bretons, considérons que ce choix national entre en violente opposition avec les singularités de l’organisation régionale. Soucieux de conforter l’équilibre économique et la pluralité territoriale du développement breton, nous demandons à ce que des visions égoïstes, de pouvoirs et financières ne mettent pas à bas un schéma pour lors partagé et qui permet à la Bretagne d’avancer de façon collective. Si deux ou trois villes contrôlent l’ensemble, s’en sera fini des dynamiques territoriales. Nous croyons au contraire aux logiques du partage et considérons que la Bretagne n’avance que lorsqu’elle est unie, portée par une vision politique collective et des dynamiques économiques partagées.
La Bretagne n’est pas en retard d’urbanisation mais en avance d’urbanisme. Signataires de cet appel, nous demandons à ce que cette organisation bretonne extrêmement novatrice soit désormais confortée.