Géographes de Bretagne
Douaronourien e Breizh - Jeyografes de Bertaeyn

AGRICULTURES TERRITOIRES ET VILLES DURABLES

UN CONTEXTE DIFFICILE MAIS PORTEUR D’ ESPOIRS

Une agriculture qui a du mal à garder ses agriculteurs

L’économie agricole est marquée par des crises économiques conjoncturelles (vaches folles..) et structurelles résultant de l’évolution des politiques européennes et de celles de l’OMC , bref, l’avenir de cette activité aujourd’hui fragile (baisse des revenus et du nombre d’ exploitants) est difficile à prévoir à long terme. 

Dans un système d‘intégration poussée et qui s’autoalimente, les agriculteurs sont fortement dépendants des industries agro-alimentaires et chimiques, des banques et des centrales de distribution alimentaire et ne peuvent que difficilement faire évoluer à eux seuls leur activité. Existe-t-il aujourd’hui un secteur économique dont ses propres acteurs n’ont à ce point si peu de marges de manœuvre pour augmenter et bénéficier justement de leur valeur ajoutée ? 

Des demandes urbaines légitimes mais parfois ressenties comme contradictoires : elles souhaitent davantage de préservation d’environnement et de paysages, tout en réduisant la fonction des espaces agricoles à celle de réserve foncière dans laquelle elles vont puiser au fur et à mesure de leur étalement urbain.

Ainsi, dans un contexte de forte pression foncière liée à l’attraction cumulée des villes, de la mer (c’est le cas de nombreuses agglomérations bretonnes) et à l’agrandissement des exploitations, il est aujourd’hui très difficile pour un agriculteur d’installer, par exemple, une petite exploitation maraîchère qui vivrait de ventes directes aux citadins, par manque de terres disponibles, par des  coûts prohibitifs du foncier périurbain, bâti ou non, par l’importance des zones destinées à l’urbanisation.

Alors qu’ ils disposent d’un formidable potentiel de multifonctionnalité, le rôle des espaces agricoles est encore trop souvent réduit par les collectivités à celui de réserves foncières.

En outre, l’omniprésence de l’urbanisation ne facilite pas le fonctionnement des exploitations, parcellaire éclaté, bâtiment agricole enclavé, conflits de voisinage, circulation difficile des engins agricoles, clôtures arrachées, chiens errants….

Cette situation peu sécurisante pour un agriculteur est en outre aggravée par la fragilité des modes de faire valoir. En effet, dans le périurbain, rares sont les terres qui appartiennent aux exploitants. Ces derniers sont alors obligés de louer à des propriétaires en attente de projets immobiliers, avec un bail très souvent  verbal.

Rapports entre la ville et la campagne  qui se recherchent à nouveau

Dans le périurbain, la proximité de fait entre agriculteurs et autres habitants ne signifie pas systématiquement compréhension mutuelle, ou connaissance partagée des enjeux de l’agriculture.

Ces dernières années, les habitants via les médias entrevoient l’agriculture davantage par flash ou zoom réducteur sur telle problématique ou telle autre : la pollution de la qualité de l’eau, les manifestations des syndicats, la production bio, le salon de l’agriculture…

Il est rare de voir des articles ou reportages faisant le lien entre ces différents thèmes, du coup la vision de l’agriculture est souvent partielle, souvent réduite aux débats classiques et néanmoins nécessaires sur la qualité de l’eau par exemple. Comment intégrer l’agriculture dans un projet de territoire durable, est une question pourtant intéressante par, notamment, la vision globale qu’elle nécessite.

Les habitants du périurbain ont une bonne image de l’agriculture,mais qui est encore trop souvent fantasmée, donc irréelle,celle de l’ agriculture de leurs arrieres grands parents.Ils souhaitent conserver la campagne, mais la réduisent le plus souvent à sa fonction de jardin du week-end et en oubliant qu’elle n’est pas uniquement un lieu résidentiel, mais aussi un espace de vie sociale, économique et environnementale avec une histoire, des cultures, des patrimoines spécifiques.

D’après une enquête sociologique issue d’une trentaine d’entretiens ciblés, seule une minorité d’habitants du périurbain lorientais (ruraux de souche et néo-ruraux à la recherche d’un autre mode de vie) partagerait cette représentation de la campagne réduite pour les autres à un simple cadre de vie paysagé de qualité, voire à un espace vert domestique.

Des liens institutionnels trop éloignés du local et réduits à la problématique de l’eau

Les rapports institutionnels privilégiés de l’agriculture s’opèrent davantage  avec l’Etat et l’Europe, via les négociations sur les aides financières ou la mise en place des normes environnementales, qu’avec les communes ou les intercommunalités.

Pour les collectivités locales l’agriculture n’est pas encore suffisamment une priorité économique .Nombreuses sont celles qui pensent qu’elles ne peuvent influer, et réduisent donc l’agriculture à ses aspects agricolo – agricoles gérés par l’ Etat et les organisations professionnelles. 

Combien de communautés de communes, d’agglomérations ou de communautés urbaines ont clairement inscrit l’agriculture dans leurs compétences ? Combien de projets agricoles ont été insérés dans les contrats de Pays, qu’ils soient à dominante urbaine ou rurale ?

Et pourtant, même à proximité des villes, quel est le secteur d’activité qui est à ce point en lien, « en prise directe » avec la terre, le terroir, le territoire, le Pays. 

Mais, ces mots pourtant chargés de sens, ne suffisent à eux seuls, à révéler l’importance de la place de l’agriculture. Bien souvent, dans nos territoires d’agglomérations, c’est plus de la moitié de l’espace et une partie significative des emplois (agriculture + agroalimentaire) qui sont concernées.

Certes, via les opérations sur les bassins versants (BEP, SAGE), ou à travers certains contrats de gestion dans le cadre de Natura 2000 ou des zones de captage d’ eau potable, un réel rapprochement entre collectivités et agriculteurs s’ est effectué, mais là encore, qu’à travers qu’une ou deux thématiques. Les choses sont en fait plus complexes pour appréhender l’ensemble des questions liées à la place de l’agriculture sur un territoire pour son développement durable.

La question de la qualité de l’eau en est un parfait exemple de simplification des approches. Par rapport à l’importance des aides financières publiques allouées ces vingt dernières années, à la nécessaire modification des pratiques agro-environnementales, quelle est celle des moyens mis en œuvre, pour aider les agriculteurs à faire évoluer en amont leur mode de fonctionnement économique à la source du problème. 

Ce même mode, aujourd’hui tant critiqué par la société qui l’avait naguère impulsé, et duquel un agriculteur ne peut se libérer simplement, du jour au lendemain, parce que prisonnier du cercle infernal, endettement,intrants pour une rentabilité à court terme de la production et mieux payer les dettes,investissements avec emprunts..

Simplifier, c’est donc sacrifier la vision globale du développement durable sur l’hôtel du dualisme récurrent des opinions, (pour ou contre, environnementalistes contre productivistes,..) est une attitude tentante, car plus facile à gérer et plus apte à conforter les positionnements arcboutés qui en font vivre plus d’un, par la justification de leur poste. Ainsi, bien souvent, le maintien volontaire d’ un climat tendu  et conflictuel satisfait l’intérêt particulier de certains au détriment de l’intérêt général du dialogue  territorial constructif aujourd’hui si recherché, et si indispensable entre la ville et la campagne, entre agriculteurs, collectivités, associations et consommateurs.

De plus, même si les objectifs ne sont pas totalement atteints eu égard aux exigences européennes, et que de réels progrès doivent être réalisés aujourd’hui par rapport aux nitrates , demain par rapport au phosphore, aux pesticices et à l’épuisement des sols, la profession agricole peine à faire reconnaître les efforts déjà accomplis.

Ce manque de reconnaissance est un important facteur de blocage relationnel. Ainsi, dans ce contexte, l’arrivée sur la scène agricole de nouveaux acteurs représentant la ville et les territoires, est vécue avec méfiance.

Cependant, bien que les collectivités soient encore davantage considérées comme un facteur de contraintes supplémentaires qu‘atouts de développement, les Chambres d’Agriculture de Bretagne intègrent progressivement la nécessité de créer avec elles de véritables  partenariats 

Au sein de l’Association Nationale Terres en Villes*, Chambres d’Agriculture et 15 agglomérations travaillent pour mieux intégrer l’agriculture dans des politiques d’aménagement et de développement durable. En Bretagne, Rennes, Nantes et Lorient ont adhéré à cette démarche qui montre que ville et campagne ne sont pas condamnées à l’ignorance mutuelle, à un moment où l’agriculture est au cœur des enjeux de ce siècle : eau, air, énergie, alimentation, santé, patrimoine, identité culturelle et sociale, recherche de sens, démocratie participative, éco-citoyenneté, partenariat public privé, gestion intégrée des territoires, biodiversité, emplois, paysages…

En fait, tout porte à croire que la ville est une chance pour l’agriculture et que l’agriculture est une chance pour la ville, et que toutes les deux retrouveront une autre forme d’intimité, que celle d’avant-guerres, caractérisées par des rapports socio-économiques étroits et aujourd’hui distendus par les révolutions industrielles, l’exode rurale et la mondialisation. 

Ainsi, l’agriculture périurbaine ne constituerait-elle pas demain, pour la ville, l‘entrée prépondérante pour une politique de développement durable à l’échelle du territoire sous toutes ses composantes, sociales, économiques et environnementales ?

* www.terresenvilles.org

AGRICULTURES PERIURBAINES : UNE CHANCE POUR LA VILLE, DES PARTENARIATS D’AVENIR.

Les thèmes d’actions partenariales sont multiples et concernent toutes les composantes du développement durable et dont les bénéfices sont le plus souvent réciproques.

Des espaces agricoles propices à la cohérence des aménagements et au renforcement de l’esprit communautaire conditionnant de vrais projets partagés de  territoire

La préservation des espaces agricoles périurbains les plus sensibles, valorise la ville par la clarification de ses limites (notion d’enceinte), accroît la qualité des paysages des entrées de villes, aujourd’hui si souvent mis à mal, et pousse la ville à se requalifier sur elle-même.

La protection de l’agriculture périurbaine facilite l’application de la loi SRU ; elle favorise la densification de l’habitat, et donc le logement social moins consommateur de terres. Elle donne un sens économique à nos ceintures vertes, rempart à l’étalement urbain, à la banalisation de nos espaces périphériques no man’s land .Elle conforte les espaces  « poumon vert » de respiration pour les habitants.

Parler d’agriculture périurbaine c’est inéluctablement parler d’équilibre du territoire, de ne pas réduire le périurbain à sa seule fonction résidentielle et d’admettre que l’hyper concentration des activités, des équipements et des loisirs, n’est pas propice au développement durable par l’importance des trajets journaliers qu’elle impose .

Cette dernière pourrait donc être réduite par une meilleure répartition des zones d’emplois et des lieux de résidence, propice à la diminution des distances des trajets quotidiens et au développement des modes doux de déplacement.

Avoir un projet agricole à l’échelle d’un territoire,c’est se poser la question de la place des activités primaires par rapport à celle de l’ économie résidentielle et plus particulièrement sur le littoral, dans le cadre de la Gestion Intégrée des Zones Côtières.

Car, agir pour le maintien de l’agriculture littorale et insulaire, c’est concourir au frein de son urbanisation et redonner à la mer la côte qu’elle mérite .

Par la discontinuité urbaine qu’elle implique entre les communes, entre les bourgs et les hameaux, elle est facteur de maintien des identités des communes des deuxièmes couronnes qui bien souvent craignent de devenir uniquement une banlieue de la grande ville.

Initier un projet d’agriculture périurbaine c’est aussi valoriser la ruralité des territoires des petites communes voisines qui, encore trop souvent, aménagent leur bourg (que l’ on préfère nommer centre ville) et ses entrées , comme le fait la grande sœur voisine.

Ainsi pour le nécessaire développement de l’esprit communautaire des agglomérations, il est totalement inopportun de considérer comme partie intégrante de la ville, l’agriculture périurbaine et les espaces ruraux périphériques (exceptés les espaces agro naturels très enclavés par l’urbanisation dans les grandes métropoles) et que l’on nomme parfois agriculture urbaine ou champs urbains.

La ville a davantage besoin d’une campagne vivante, authentique, identitaire que d’espaces ouverts périurbains difficilement qualifiables, car banalisés, homogénéisés.

Pour nommer un territoire l’utilisation du nom de la ville est normale, cependant dans une optique de rapprochement entre les acteurs urbains ruraux et agricoles,l’ experience montre que le vocabulaire a toute son importance.

 Afin de garantir la mobilisation de tous, les mots qui pouraient faire croire que la démarche est sous dominante urbaine ou rurale sont à éviter. 

 Ainsi les termes territoire ou pays, par exemple ,ne faisant référence ni à l’un ni à l’autre sont plus adaptés à la qualification d’ un espace dans lequel vivent en harmonie et donc en intelligence, villes et campagnes périurbaines.

De fait, dans un contexte où les communes périphériques ont parfois l’impression que l’intercommunalité travaille principalement pour la ville centre, mieux considéré l’agriculture périurbaine c’ est accroître la solidarité intercommunale, la solidarité ville, campagne, littoral, qu’il est aujourd’hui vain d’opposer, et dont les rapports s’enrichiront de la valorisation de leurs différences.

  • Pour la pérennité du foncier agricole plusieurs outils sont à la disposition des collectivités.

Dans les documents d’urbanisme qui planifient la vocation des sols des communes (Plans Locaux d’Urbanisme) et des intercommunalités (Schéma de Cohérence Territoriale), la mise en place de diagnostics participatifs permet de recueillir les préoccupations des agriculteurs, mieux évaluer la place de l’agriculture sur le territoire, d’afficher la volonté de préserver l’économie agricole en  protégeant les espaces dont elle a besoin, de l’urbanisation. Par le recensement du parcellaire agricole, le PLU peut mieux évaluer l’impact de ses projets d’urbanisation à l’échelle d’une exploitation.

Enfin, cette réflexion nécessairement menée en amont du projet de territoire permet aux collectivités de se poser la question essentielle : quelles sont les  limites définitives de notre urbanisation au delà desquelles l’identité de notre territoire , sa diversité socioculturelle et donc son attractivité, auront irrémédiablement disparus ?

Cependant, du fait de l’instabilité croissante des PLU, le manque de rigueur dont ils font parfois preuve quant à l’application des orientations des SCOT, eux mêmes de moins en moins coercitifs ( absence de cartes précises sur la vocation des sols…) , il existe aujourd’hui pour une sécurité à plus long terme,d’ autres modes d’intervention.

Les deux premiers sont des outils de planification qui permettent de ne pas remettre en cause les espaces destinés à l’agriculture dans les PLU après une simple révision. Il s’agit des Zones Agricoles Protégées issues de la loi d’orientation agricole de 1999 (ZAP), des périmètres de préservation des espaces agricoles et naturels périurbains de la loi de développement des territoires ruraux de 2005, dans lesquels un droit de préemption est confié aux départements.

Les quatre autres moyens permettent aux collectivités de maitriser le foncier au cas par cas :

Par l’acquisition de terrains à forte pression foncière garantissant la vocation agro naturelle des espaces clés pour la cohérence de l’aménagement et l’économie du territoire, en particulier ceux des ceintures vertes, du littoral, des corridors écologiques…

Par un partenariat avec la Société d’Aménagement Foncier et d’Etablissement rural (SAFER) qui peut utiliser pour le compte des collectivités son droit de préemption dans les espaces naturels et agricoles des PLU, afin d’éviter qu’une cession de terrain fasse disparaître la vocation agricole ou naturel des lieux. Ce dispositif est d’ autant plus utile, que dans le périurbain et sur le littoral, la proportion  de terres cultivées appartenant aux agriculteurs est la plus faible.

 Des conventions, pour ce faire ont été mises en œuvre entre autres à Rennes et à Nantes.

Cette action peut d’ailleurs être soutenue par le futur Etablissement Public Foncier Régional, dont l’objectif parmi d’autres, est la maîtrise des développements urbains périphériques, la protection et la valorisation des espaces agricoles et naturels remarquables.

En outre, une collectivité qui souhaite pérenniser la vocation agricole de ses terrains peut louer par un bail environnemental.

Enfin l’accès collectif et solidaire au foncier agricole est possible via les Groupements Fonciers Agricoles (GFA).Celui de Lanouée dans le Morbihan, a permis l’ installation d’ un agriculteur biologique grâce à l’apport financier de 117 consommateurs, pour l’acquisition des terres. Dans les Sociétés Coopératives d’Intérêt Collectif (SCIC), utilisés pour l’ habitat social, les communes et les particuliers pourraient, en mutualisant leurs aides, favoriser l’installation d’ agriculteur biologiques en prouvant l’ intérêt collectif de la préservation de l’ environnement.

L’association nationale Terres de Liens* dont le siège en Bretagne est à Pont-Scorff travaille pour favoriser la mise en place de ce type de structure.

UNE AGRICULTURE PLURIELLE, DE TERRITOIRE, VECTEUR DE GESTION DURABLE DE L’ENVIRONNEMENT ET DE SOUTIEN DE L’ ECONOMIE LOCALE

Par la diversité de ses formes, l’agriculture permet bien souvent de répondre à de multiples enjeux de valorisation des espaces .

Le pâturage et le fauchage des terres de fonds de vallées permettent de préserver les corridors écologiques, d’entretenir les zones humides nécessaires à la qualité de l’eau et au maintien de 30% de la biodiversité.

L’entretien des talus peut à la fois servir à l’approvisionnement des chaufferies publiques à bois et au soutien de la filière bio énergie, à la pérennisation de paysages bocagers aux portes de la ville, tout en freinant la pollution des rivières.

*www.terresdeliens.org

La culture maraîchère ou fruitière est-elle très adaptée à la pérennisation de la vocation agro-naturelle d’espaces plus restreints interstitiels, le plus souvent en friche et enclavés entre deux secteurs urbanisés. Ces espaces sont nombreux sur le littoral et à la périphérie des villes.

Les grandes cultures permettent aux citadins d’avoir sur un plateau, des entrées de ville bénéficiant  de vastes horizons dont les couleurs changent avec les saisons. Des cultures qui pourraient aussi servir à développer des énergies renouvelables (bio carburant avec le colza), des biomatériaux pour l’isolation thermique (laine de chanvre) biens d’équipements (sacs biodégradables en fibres de pommes de terre), plantes médicinales….

L’agriculture peut aussi lutter contre les friches des collectivités. On peut dans ce domaine signaler l’exemplarité de l’ action de Groix qui en intégrant un projet agricole dans la révision de son PLU , en supprimant une centaine d’hectares destinés à l’ urbanisation, en confiant des terres à des agriculteurs, a favorisé l’ installation de nouvelles exploitations et donc le maintien d’ une activité agricole sans laquelle les trois quart de l’ île risquaient de s’ « enfricher ».

Concernant les terrains  dont le devenir à long terme est incertain, des Conventions de Mise à Disposition (CMD) passées avec les SAFER permettent aux agriculteurs d’entretenir les terres des collectivités sans les contraindre par un bail à fermage.

Conserver l’agriculture périurbaine permet d’offrir des débouchés pour la récupération sur place des déchets de la ville, par le compost issu des déchets ménagers putrescibles et des  déchets verts, ou par  la gestion de bois de saules confiée à un agriculteur pouvant recueillir les boues de station d’ épuration et à nouveau approvisionner les chaufferies bois des collectivités

Préserver l’agriculture locale c’est aussi permettre aux habitants de s’alimenter avec des produits frais, de qualité, et traçables, dans notre région où l’ authenticité et si souvent  mise en avant.

 Par l’importance de ses consommateurs, la ville peut constituer un véritable marché source de diversification et de confortement de l’économie agricole.

A un moment où il est difficile de préjuger avec certitude de la viabilité économique à long terme des marchés de demain, capables à la fois de conforter cette activité et de faire vivre convenablement le plus grand nombre possible d’agriculteurs ; et dans un contexte d’économie agricole en crise, il paraîtrait tout à fait aberrant de faire l’ impasse sur les potentiels de développement offerts par le territoire.

Par les liens marchands directs et locaux qu’elle produit, la ville peut participer à ancrer le maintien, voire le développement durable de l’agriculture sur des facteurs internes au territoire, car plus maîtrisables que ceux liés aux marchés conventionnels dont l’avenir se décide ailleurs, et dont les principales plus values échappent aux agriculteurs.

La diversification agricole, source de valeur ajoutée, peut contribuer par la suppression d’intermédiaires, à accroître le revenu et le niveau de vie des agriculteurs existants mais aussi en devenir, grâce à la nouvelle attraction induite pour ce métier aujourd’hui méconnu.

Il serait  cependant inopportun de croire que la diversification est une solution miracle, facilement mise en œuvre du jour au lendemain. Les expériences montrent ( les plus nombreuses se situent dans le sud de la France, où le produit local fait partie de la culture), que cela nécessite au sein de la profession agricole une véritable solidarité collective de mutualisation des coûts et contraintes d’organisation et de gestion.

Ces nouveaux marchés en lien direct avec les habitants sont porteurs de lien social et d’ouverture du monde agricole vers l’extérieur.

En outre le développement des circuits courts de commercialisation devrait certainement avoir un impact sur le développement des pratiques plus respectueuses des paysages, de l’eau et des sols, la valorisation de ces derniers étant dés lors un atout de vente  et non une contrainte.

L’agriculture est donc bien le secteur d’activité privilégié, qui montre que l’économie et l’environnement ne doivent plus être opposés, et dont l‘avenir dépendra de notre capacité, à les associer dans un objectif de développement durable.

Par ailleurs , repositionner l’ agriculture à l’ échelle d’ une ville et d’ un territoire, permet de lui offrir d’ avantage de partenariats avec d’ autres domaines économiques ( services, tourisme, artisanat, industries agro alimentaires..), et notamment en matière d’ emploi ( en Bretagne les besoins de l’ agriculture ont été estimés à 2500 emplois par an).

Enfin le développement la valorisation des produits locaux avec des labels de  territoire est source à la fois de promotion du produit et de la valeur identitaire de son lieu de production.

  • Quels sont précisément les domaines dans lesquels la ville peut soutenir cette diversification ?

Par la  contractualisation, que ce soit en matière d’énergie renouvelable, de gestion de l’espace, et des  déchets (nous en avons vu précédemment des exemples), la ville peut être une chance pour l’ agriculture, par la diversification de ses revenus.

Toujours dans les domaines non agricoles, les collectivités peuvent contribuer au développement de l’agritourisme si peu exploité en Bretagne et qui pourtant pourrait participer à soulager nos littoraux qui souffrent de sur fréquentation touristique. Gîtes ruraux, fermes auberges, chambres d’ hôtes,fermes équestres, sont autant de formules à soutenir.

Les fermes pédagogiques, par l’accueil de groupes scolaires sont d’excellents moyens  au service  de  nos jeunes citadins, afin de leur rappeler d’ où provient leur alimentation et comment fonctionne leur environnement. 

En matière de diversification agricole, la ville à toute intérêt à favoriser ( aides aux structures porteuses, mise à disposition du foncier, bâtiment relais..) les initiatives de vente directe : magasins fermiers, marchés locaux, vente à la ferme,paniers des Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne (AMAP), plateforme de stockage ,de transformation et de distribution…

Elle peut aussi par sa restauration collective servir de nouveau débouché pour la production locale. Actuellement en pleine croissance, l’ approvisionnement en produits bio est une parfaite illustration de ce que signifie le développement durable, puisque cette initiative a des effets bénéfiques, à la fois pour la préservation de la qualité de l’ eau, le soutien à l‘économie locale et le développement de l’écocitoyenneté. Sur le territoire de Cap l’Orient plus de 10% des repas en collectivité sont bio. 

Sans vouloir conclure sur un sujet en émergence, au centre de nombreux enjeux, il semble que le couple agriculture et ville durable a de beaux jours devant lui.

Son avenir en Bretagne dépendra notamment de notre capacité à considérer l’agriculture sous toutes ses composantes, et à travailler en étroite collaboration avec tous ses acteurs.

Cela passera aussi par une réelle volonté de la profession agricole d’ organiser de nouvelles filières ancrées sur le territoire, par une véritable prise de conscience de nos décideurs quant à l’urgence de mettre un frein à l’étalement urbain et à la nécessaire revalorisation de la place de l’ économie de production qui, contrairement à l’ économie résidentielle, est en prise directe avec la valorisation de l’ environnement dont elle dépend, et pour laquelle le lien entre l’ homme et sa terre prend tout son sens.….

Pascal Tocquer

 Géographe, Ingénieur territorial 

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